"Nu allongé dans un paysage" Huile sur toile, 24x33cm. Signée  en bas à droite. collection privée
"Nu allongé dans un paysage" Huile sur toile, 24x33cm. Signée en bas à droite. collection privée

Henner c’est une peinture modelée. Il s’attaque à un sujet, le reprend jusqu’à la perfection, tel l’artisan qui travaille une vie pour acquérir le bon geste



Depuis peu, la peinture du 19e siècle semble être redécouverte, pour ce qu’elle est vraiment. C’est une peinture de la technique, de la science et de la culture avec un grand « C ». Nous pensons à des peintres comme Gustave Moreau, Gustave Doré, ou Jean-Jacques Henner. L’histoire de l’art n’a pas oublié ce siècle de peinture, mais c’est bien notre histoire moderne qui l’a poussé de côté et ignoré. A présent, nous semblons redécouvrir la diversité de cette époque.

"Nu accoudé dans un paysage" Huile sur panneau, 90x70cm Signée en bas à gauche. Collection privée
"Nu accoudé dans un paysage" Huile sur panneau, 90x70cm Signée en bas à gauche. Collection privée
Henner c’est une peinture modelée. Il s’attaque à un sujet, le reprend jusqu’à la perfection, tel l’artisan qui travaille une vie pour acquérir le bon geste. Autrefois, un artisan pouvait être spécialisé dans une tâche bien précise, et avec les années il atteignait une très grande maîtrise du geste et de la technique. S’il était très doué, il apportait à son métier une sérieuse amélioration, sinon, il s’attachait à transmettre le métier à la génération suivante.

Mais revenons à Henner. Nous n’allons pas traiter d’une énième biographie, et dérouler une belle chronologie détaillée au sujet de cet artiste. Cela a déjà été fait mainte fois. Il existe de bons ouvrages, des articles sur Internet et même un Musée National Henner à Paris !
Nous allons plutôt nous attacher à déceler la peinture d’Henner. Pourquoi a-t-il acquis une telle renommée, lui le peintre de répétitions. Nous allons scruter l’esprit du peintre en s’appuyant sur sa peinture. "Portrait de jeune alsacienne, présumée être une jeune fille de la famille Wetzel" Huile sur carton, 38,5x30cm 1871. Signée et datée en haut à droite. collection privée
"Portrait de jeune alsacienne, présumée être une jeune fille de la famille Wetzel" Huile sur carton, 38,5x30cm 1871. Signée et datée en haut à droite. collection privée

Henner a été qualifié d’inclassable ! Nous dirions plutôt de lui, qu’il a été un modeleur infatigable. Il a été complètement influencé par la Renaissance italienne. Caravage et Vinci ont modifié la perception qu’il avait de l’art. Il n’a retenu du classicisme uniquement les corps dénudés de naïades ou de nymphes. Il les a déifiées sans artifice. Il a peint simplement.

Sixième enfant d’une fratrie paysanne du Sundgau, rien ne le prédisposait à ce destin. Le Sundgau est un pays vallonné du sud de l’Alsace où la famille vit du travail de la terre. Son père ordonne à son fils aîné de parfaire l’éducation du petit dernier. Il est intelligent, travailleur, sa vocation sera identifiée très tôt.
A Altkirch, il suit les cours au Collège et entre dans l’atelier de Charles Goutzwiller. Ce premier maître, façonnera le délicat esprit du jeune Henner. L’instruction publique le tire du monde de la terre, et son maître lui permettra de toucher du bout des doigts la carrière de peintre. Mais Altkirch, chef-lieu du Sundgau ne permet pas à un talent d’éclore. Il faut voyager et le jeune Henner poursuit sa quête, celle de devenir un grand peintre.
En ce temps, seule une reconnaissance par ses pairs, une médaille ou un prix dans un grand salon, permettaient vraiment une carrière d’artiste peintre. Il fallait du courage et un peu de folie pour tenter l’aventure.

Concours après concours, la main d’Henner affrontait celle de ses camarades



En 1844, le voyage d’Henner se poursuit à Strasbourg auprès de Gabriel Christophe Guérin, mais il quitte assez vite la capitale alsacienne, pour rejoindre Paris. Il retrouve l’atelier de Michel Martin Drolling et puis d’autres ateliers. Concours après concours, la main d’Henner affrontait celle de ses camarades.
De 1846 à 1857, dix ans de labeur depuis l’Ecole des Beaux-Arts au Grand Prix de Rome, Henner s’épuisait, pour prendre la place qui était la sienne. Un temps, las de Paris, il s’exile en Alsace. Henner se ressource mais doute de son art. Il a peur de décevoir, mais le retour à la terre natale le revigore et le détermine à poursuivre le combat. Il affronte les premiers clients et se fait un nom dans la région mulhousienne. Le contact avec la clientèle le rassure et l’encourage à poursuivre. De plus, Henner étudie l’antiquité, l’histoire. Ainsi, il comble ses lacunes. L’académisme était encore très prégnant dans l’art et aucun artiste n’échappait à l’influence de courant.
En 1857, sous les conseils des artistes François Edouard Picot et Léon Cogniet, Henner transforme sa palette et les tons de celle-ci gagnent en puissance. C’est avec honneur qu’il obtient le Grand Prix de Rome le 25 septembre 1858, avec l’œuvre « Adam et Eve découvrant le corps d’Abel ». A partir de ce moment-là, Henner entre dans l’histoire.
"Dormeuse" Huile sur toile, 71,1x128,2cm. collection privée.
"Dormeuse" Huile sur toile, 71,1x128,2cm. collection privée.

Dès l’année suivante, il rejoint Rome. Henner va s’imprégner de son séjour romain, contrairement à bien des collègues, il fuit l’atelier, et voyage dans la campagne. Les ruines, les paysages et la lumière du pays l’enchantent. Il découvre les trésors de l’Italie, les peintres Fra Angelico, Le Titien, Le Corrège, etc. De peinture en peinture, il saisit les mimiques, les poses, les sujets. Mais il s’arrête plus particulièrement sur l’art du Caravage et de Vinci, qui l’influencent durablement. Henner est fasciné par le travail du clair-obscur du Caravage, le sfumato d’un Vinci. C’est une peinture envoûtante, mystique et sensuelle, qu’il découvre en Italie. Ce séjour sera déterminant pour son art.
En Italie, Henner a éliminé la rudesse de ses premières œuvres, et ajoute un trait évanescent, plus vibrant. Il est vrai, qu’à ses débuts, Henner avait été considérablement influencé par la peinture d’Hans Holbein. Il avait pu admirer dans sa jeunesse, les peintures du maître au Kunstmuseum de Bâle. Il est saisissant de constater dans ses œuvres de jeunesse, la parenté au vieux maître du 16e siècle. Henner lui-même remarquait sa tare originelle. Sans relâche, il cherche à atteindre le plus haut degré de synthèse.
"Nymphe dans un sous-bois" Huile sur toile, 38,7x64,5cm. Signée en bas à gauche. collection privée
"Nymphe dans un sous-bois" Huile sur toile, 38,7x64,5cm. Signée en bas à gauche. collection privée

Le séjour romain a également vu consacrer la notoriété et la petite fortune de l’artiste. Il n’oubliait pas sa famille, ni les sacrifices qu’elle avait consenti pour lui. D’une nature calme et pondéré, les journées de travail de l’artiste étaient régulières et débutaient par le travail en atelier. Il s’accordait une petite pause, et en fin d’après-midi, il allait au café, discuter et partager des moments de convivialités avec ces compères. Il soutenait les artistes, et mêmes les impressionnistes. Il accueillait dans son atelier de nombreuses femmes artistes, non pas seulement comme modèle, mais aussi pour former des femmes peintres telle que Juana Romani. "La Madeleine" Huile sur toile, 122,5x94,5cm. Datée 1880. Signée et datée en bas à gauche. collection privée
"La Madeleine" Huile sur toile, 122,5x94,5cm. Datée 1880. Signée et datée en bas à gauche. collection privée

1870 est un coup de tonnerre dans son âme alsacienne meurtrie. La défaite de 1870 est lourde de conséquence, car l’Alsace est une province perdue pour la France. Cet événement a marqué bien des artistes alsaciens comme Gustave Doré ou Auguste Bartholdi. Henner livre un nouveau tableau icône ; « Elle Attend ». C’est le symbole de l’Alsace résistante, en deuil, un tableau offert à Léon Gambetta. Cet événement a fait prendre à Henner une nouvelle dimension. Il acquiert une renommée internationale. Durant la décennie des années 1870, Henner fait sa mue définitive et produit les nombreuses icônes qui feront de lui un grand artiste.

Il se sentait bien plus proche des collègues et amis impressionnistes que des peintres dits Pompiers



Evidemment, la critique existe et Henner l’a connue. Qualifié de peintre de l’obscur, peignant des corps ectoplasmiques, voir même des corps déchirés (par l’ombre). Henner serait-il le Saturne de la peinture parisienne ? Assurément non, il a joué adroitement avec le clair-obscur qu’il a découvert en Italie. Il peignait des corps dans un atelier et modelait ceux-ci dans l’ombre et la lumière. Il disait aimer le mystère, la poésie de la peinture. Henner n’est pas du tout un peintre réaliste. Il se sentait bien plus proche des collègues et amis impressionnistes que des peintres dits Pompiers. Il a été un peintre acharné du modèle. Il en a fait son "truc", si l’on veut. Personne d’autre que lui ne savait aussi bien modeler un corps. Les études sont légions, et son confident Emile Durand-Gréville l’a bien noté dans ses mémoires. Alors, dans Henner, il y a un peu de l’impressionnisme, du symbolisme ou du romantisme, de la peinture religieuse et d’histoire, et peu de classicisme, mais il y a surtout beaucoup de mysticisme, beaucoup de rêverie. C’est pourquoi, certains l’on qualifié...d’inclassable.

Pour beaucoup d’amateurs de peinture, Jean-Jacques Henner représente le peintre des nymphes rousses.



"Portrait de beauté rousse de profil" Huile sur toile, 42x33cm. Signée en bas à gauche. collection privée
"Portrait de beauté rousse de profil" Huile sur toile, 42x33cm. Signée en bas à gauche. collection privée
Pour beaucoup d’amateurs de peinture, Jean-Jacques Henner représente le peintre des nymphes rousses. Il a multiplié le coup des milliers de fois, sur papier, carton, panneau ou toile.
Il s’est fait une jolie réputation à ce sujet. A quand, un article sur la psychologie d’Henner? Un jour peut-être ? Alors, nous avons droit aux questions suivantes : pourquoi n’a-t-il peint que des rousses ? Pourquoi ces couleurs sombres ? Pourquoi a-t-il répété les mêmes sujets ? Ce sont des bonnes questions, auxquelles nous allons tenter de répondre. Ces questions, a priori primaires, touchent au cœur de son art. Il est essentiel d’y donner une réponse, et de cesser d’éluder le problème en ergotant sur l’histoire de l’art. Ce sont des questions banales, qui nous dérangent. Elles ne sont pas savantes ou bien banales, mais dans le cas d’Henner, la somme du travail nous oblige à nous y intéresser.

Les couleurs d’Henner sont identifiables au premier coup d’œil. Ce sont des couleurs éclatantes. Si le ton général de ses tableaux, peut être qualifié de sombre, il rehausse la composition par des tons criards. C’est-à-dire qu’il dynamise ses tableaux par des tons bleus, rouges, verts très tranchés.
L’atmosphère des tableaux d’Henner fait penser au clair de lune, aux soirs d’été illuminés. Il y a quelque chose d’irréel dans l’ensemble, et pourtant ce phénomène existe bien.

Henner parlait souvent de ses impressions et de son goût pour certaines couleurs. Il parlait de son approche personnelle du clair-obscur :

« Il faut que ce soit noir, tout à fait noir. L’année dernière, au Tréport, j’ai vu un rocher comme cela : il était vert bouteille, d’un ton intense extraordinaire. J’ai observé cela dans les rochers mouillés que l’eau recouvre tous les jours : ils sont d’un superbe ton noir. »

La couleur chez Henner a aussi un aspect technique. Il rapportait cette autre impression :

« L’essentiel, c’est de faire simple et d’indiquer seulement les grands clairs et les grandes ombres qui donnent le mouvement ».
"Jeune alsacienne" Huile sur toile. Signée.
"Jeune alsacienne" Huile sur toile. Signée.

Il utilisait abondamment la couleur terre de sienne, le noir profond, le bleu, le vert bouteille (dixit l’artiste lui-même), le blanc nacré :

« J’ai fait cette étude à une station de chemin de fer. J’avais une heure à perdre en attendant le passage du train ; tout près de la gare, j’ai aperçu ce paysage. Il avait plu ; la verdure était noire et brillant, le ciel si clair, si beau, qu’on avait envie d’embrasser la terre… ».

« J’aime les tons noirs ; ils donnent, me semble-t-il, de la poésie et du mystère à la peinture ».

Outre sa gamme de couleur typée, il avait élaboré sa pâte.

En premier lieu, il griffonne un dessin succinct. Quelques traits au crayon délimitent l’essentiel. Il n’ajoute pas de dégradé, ni d’ombre, ni de détail. La silhouette était ébauchée.
"Nu debout accoudé à la rambarde" Huile sur panneau, 43x29cm. Signée en bas à gauche.
"Nu debout accoudé à la rambarde" Huile sur panneau, 43x29cm. Signée en bas à gauche.

Deuxièmement, il y a toujours un fond terre de sienne ou ocre, qui n’est jamais complètement recouvert, même sur les tableaux les plus aboutis. Peu importe le sujet qu’il soit biblique ou suave, le fond réchauffe les compositions d’Henner. Il y a quelques choses d’incandescent dans sa peinture. On peut comparer parfois son empâtement à des couleurs incandescentes. C’est ça Henner ! Une force brute mais silencieuse.

Troisièmement, Henner travaillait vite, peu importe l’impression d’inachevé qu’il laissait. Il n’aurait pas osé gâter un bon trait, même si celui-ci n’était pas parfait. Selon Henner, c’est l’ensemble qui doit fonctionner et non le détail. L’économie se complète par une gamme chromatique presque binaire, rehaussé de couleur franche.

Et pour finir, nous rapportons les propos d’Henner au sujet de son propre art : « Moi, je cherche une harmonie avec une figure isolée, une musique de tons, je suis plutôt un paysagiste, une espèce d’impressionniste. ».

Et la perfection c’est forcément la répétition. Comme le musicien qui fait ses gammes, l’artiste s’exerce sur le même sujet



En effet, on peut confirmer ces propos par son travail. Les mémoires de l’artiste retranscrit par Durand-Gréville l’attestent. Henner est authentique, modeste et sacrément doué. Il a décliné sa « manière » avec brio sur différents sujets : la Madeleine, Andromède, le Christ en croix, Fabiola, la Vérité regardant au fond du puits, la Liseuse, etc. Henner s’est une impression, une atmosphère, rien de plus. Et alors, faut-il toujours que l’art soit une somme de sciences ou qu’il faille ergoter longuement sur l’histoire de l’art ou un concept ? Non, l’art s’est avant tout un ravissement pour l’œil. Il contente un sens primitif. Il n’appelle pas forcément à débattre ou à théoriser. L’art peut simplement être un divertissement comme peut l’être la musique. Alors, on dira qu’on a apprécié ou pas un tableau d’Henner – point final. Henner a joué cette gamme jusqu’au bout et à la perfection et tant mieux.
"Nymphe endormie", Huile sur carton, 23,5x35cm. Signée en bas à gauche. collection privée
"Nymphe endormie", Huile sur carton, 23,5x35cm. Signée en bas à gauche. collection privée

Et la perfection c’est forcément la répétition. Comme le musicien qui fait ses gammes, l’artiste s’exerce sur le même sujet. Est-ce-que Van Gogh a fait du van Gogh dès le début ? Non, il y a eu un cheminement très complexe. L’artiste refait et refait son ouvrage, dans un processus laborieux qui demande de la patience. On produit ce que l’on peut produire humainement parlant, et puis par la somme d’expérience, et un peu de génie, on peut aboutir à produire quelque chose qui a un plus sur le reste. Les couleurs, le trait, le sujet, l’interprétation, se sont ces critères qui font un artiste. Mais un bon artiste c’est avant tout un travailleur assidu. Nous regardons parfois trop vite les œuvres sans esprit critique, en absence de goût et de curiosité.

La répétitivité de l’art d’Henner c’est un objectif, mais pas une fin en soi. Un peintre c'est un esthète, une sensibilité qui cherche à magnifier quelque chose. Le secret d’Henner ne réside pas dans l’obsession répétitive du sujet, mais dans son idéal esthétique :

« Toutes les fois que vous cherchez autre chose que la beauté d’un corps, la ligne, le modelé, la couleur, vous tombez dans un genre inférieur ».

Il ajoutait ces propos, qui démontrent que son acharnement ne poursuit que la perfection de son travail :

« Il faut faire beaucoup de ces études pour apprendre à bien mettre ses figures dans la toile. Autrefois je cherchais beaucoup et j’effaçais constamment. Maintenant que je mets mes impressions sur la toile, je fais plus de progrès ».

« Aujourd’hui, après avoir terminé la tête demi-nature, il l’a dessinée d’abord au trait sur papier grandeur naturelle, puis à la craie sur le tableau même ; ensuite il l’a recommencée de même grandeur sur papier ; enfin à deux reprises il a dessiné à part la bouche et le nez. C’est grâce à cette extrême conscience dans la préparation qu’Henner arrive ensuite à peindre d’un seul coup une figure ou un morceau. Après la pose, nous avons causé assez longuement. Je lui ai demandé quelle était l’étude dont il se servirait définitivement pour le tableau ; il m’a répondu : « Je prendrai à chacune ce qu’elle aura de bon ». ».

Nous avons abordé les aspects concrets de son art, mais nous devons aborder à présent une partie plus énigmatique, qui tient à l’esprit de l’artiste.

Henner s’évertuait à dire qu’il fallait travailler de manière simple. Il évitait les détails, les épaisseurs, les repentirs, les couleurs abondantes. Tel était son idéal de composition.
Le dessin est simple, quelques traits. Il comble subtilement et rapidement quelques traces de peinture à l’huile. Les cheveux sont vibrant, d’un colorie brun, blond vénitien parfois rougeâtre. La peau de ses modèles est de nacre, argentique. L’intensité lumineuse de la peau est superbe, et Henner adore cela. Pas un pli, pas un muscle n’est faux et il combine tout cela avec un sfumato digne des plus grands maîtres de la Renaissance. Son travail définit la physionomie et le caractère de l’artiste. Il n’est pas modeste, mais éloquent et ne verse pas dans l’artifice, ni la crânerie. C’est un art simple, concret qui va à l’essentiel, c’est-à-dire dans l’évasion de l’esprit. Henner expliquait son choix de composition :

« Je n’aime pas les compositions compliquées, j’aime la solitude dans les tableaux comme dans la vie ».

« Je faisais toujours petit, avec trop de détails, je travaillais par petits morceaux. Enfin, j’ai pris la résolution de ne placer que les grandes masses, les blancs et les noirs, et rien de plus ! Et ma figure s’est trouvée faite ! ».
"Portrait de Virginie-Hélène Porgès, plus tard Madame Albert Wahl". Huile sur carton, 27x22cm Signée en bas à gauche. collection privée.
"Portrait de Virginie-Hélène Porgès, plus tard Madame Albert Wahl". Huile sur carton, 27x22cm Signée en bas à gauche. collection privée.
Alors quid des baigneuses rousses ? Cette couleur de cheveux, de ces nus féminins, qui sont un marqueur. Nous avions traité dans l’un de nos articles des beautés rousses dans la peinture alsacienne. Nous avions bien évidemment identifié la paternité de cette tendance parmi les artistes alsaciens, chez Jean-Jacques Henner. Nous avions décelés une mode durant le 19e siècle, sans pour autant pouvoir justifier ce phénomène par une spécificité capillaire alsacienne en particulier. Les cheveux roux fascinaient bien des artistes, pour l’aspect provocateur, pour la couleur. C’est une couleur rare et qui est entourée de mythes et de légendes parmi les civilisations. Henner disait aimer la poésie et le mystère dans la peinture. Les gammes de couleurs qui sont les siennes le captivaient. Il faut chercher le sens de son goût pour la rousseur ailleurs. Peut-être cette quête s’inscrit dans le registre de l’affectif, d’un parent, d’une amie ? Peut-être faut-il envisager qu’il s’agissait de son idéal féminin. Il avait des rousses qui posaient dans son atelier. D’autres affirment que le maître usait d’une couleur chaude, érotique pour contraster la composition. Mais rien n’est sûr et le mystère demeure. Il est une chose, il a été le peintre des rousses par excellence. Certains disent qu’il a été un amoureux des femmes rousses. Ceci nous rappelle le mythe du peintre qui tombe amoureux de son œuvre, incarné par Pygmalion et Galatée. La passion d’Henner pour sa peinture est évidente. Henner c’est un touché subtil, une gamme parfaite et vaporeuse, qui vous emporte. Et de proche en proche, il multipliait les œuvres icônes qui furent reprises dans la grande presse de son temps, et qui firent sa gloire.

Lectures :

« Entretiens de Jean-Jacques Henner », notes prises par Emile Durand-Gréville, 1925.
« Face à l’impressionnisme Jean-Jacques Henner, le dernier des romantiques », les musées de la ville de Paris, 2007.
« Sensualité et spiritualité. A la recherche de l’absolu », collectif, Gourcuff Gradenigo, 2012.


Magnifique musée sur l'artiste ! A visiter et à revisiter ! :

Musée nationale JEAN-JACQUES HENNER
43 Avenue de Villiers
75017 PARIS

Tél. 01 47 63 42 73



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