Maison alsacienne écomusée Ungersheim

Maison alsacienne écomusée Ungersheim

Le folklore alsacien, de Charles Spindler à l'architecte Edouard Schimpf : un retour aux sources 1890-1914

Par Julien & Walter Kiwior

L’industrialisation et les transformations urbaines, vont modifier peu à peu, au courant du 19e siècle, la physionomie de la région. Les artistes locaux réinvestissent les traditions populaires et le folklore à la toute fin de ce 19e siècle. Ils proposent une alternative à l’historicisme qui est alors la mode en ce temps-là. Cette régionalisation de l’esthétique sera dénommée la renaissance culturelle alsacienne. Elle va des arts décoratifs à l’architecture. De nos jours, nous pouvons admirer de nombreux témoignages, à la fois dans les objets d’art, ainsi que dans le paysage architectural alsacienMaison dans le style Heimatstil allée de la Robertsau Strasbourg
Maison dans le style Heimatstil allée de la Robertsau Strasbourg
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Les arts décoratifs sont au milieu du 19e siècle très emprunts de l’historicisme. Il s’agit d’un mouvement d’art très prisé de la bourgeoisie, qui reproduit les styles en vogue de l’époque médiévale jusqu’au 18e siècle. C’est l’architecture typique des boulevards haussmannien de Paris, et de toute l’Europe. Chaque pays produira sa propre esthétique en fonction de son histoire nationale. La bourgeoisie française veut s’inscrire dans la grande histoire de France et veut goûter aux fastes de l’aristocratie.
Dans l’Empire allemand se sont d’autres périodes fastueuses et glorieuses de l’histoire qui sont mises en avant. Cette expression hétéroclite des arts décoratifs a fait naître des capitales dans toute l’Europe, et même Strasbourg a bénéficié de cette révolution urbanistique, après 1871.
La Neustadt de Strasbourg offre, à ciel ouvert, les différents styles architecturaux visibles dans l’Allemagne wilhelmienne. Les nombreuses administrations et les innombrables immeubles de rapport rivalisent, par une profusion de style : néo-gothique, néo-renaissance, néobaroque, néo-classique, éclectisme, Art Nouveau/Jugendstil, architecture fonctionnaliste, architecture industrielle.

Un second facteur va modifier le paysage en Europe : l’industrie. L’ère industrielle, qui a débuté au milieu du 18e siècle, en Alsace, va faire muer la région. Des usines vont se développer comme à Breitenbach, Cernay, Erstein, Guebwiller, Illkirch-Graffenstaden, Issenheim, le Jaegerthal, Molsheim, Mulhouse, Munster, Mutzig, le Neudorf, Schiltigheim, Thann, Ungersheim, Wittenheim. Dans l’idyllique campagne alsacienne, des nouvelles architectures s’implantent un peu partout. Les usines se composent de briques rouges, de poutrelles métalliques, de verreries, de hautes cheminées fumantes, de béton. Le paysage alsacien est très marqué par ce changement qui se réalise en quelques décennies.

Outre, le début du déclin du monde rural, le bouleversement démographique, la silhouette traditionnelle de l’Alsace se transforma et se modifia de manière brutale. L’architecture vernaculaire de l’Alsace était en train de subir de profonds changements. Les nouveaux faubourgs des villes ressemblaient à ceux des villes de France ou d’Allemagne. Ce phénomène n’est pas propre à l’Alsace, il se produisait dans différentes parties de l’Europe et accélérait une uniformisation globale de l’esthétique. Château de la Leonardsau près de Boersch vers 1900
Château de la Leonardsau près de Boersch vers 1900

Des artistes anglais avaient, dès le milieu du 19e siècle, lutté contre la culture monolithique. Autour des idées de John Ruskin et sous les applications de l’artiste William Morris, se développait l’Arts and Crafft (1860-1900). Il s’agissait d’un mouvement artistique, qui rejetait l’uniformisation et la mécanisation de l’art. Il réorientait les arts décoratifs et les artistes vers les campagnes, la nature, les traditions, le folklore, et le travail artisanal. Les artistes repoussaient les méthodes et les matériaux industriels, pour se réapproprier les techniques ancestrales, ainsi que les produits du terroir. Les matériaux comme la terre, le verre, le bois, le tissu étaient privilégiés. Cette posture va trouver un fort écho en Europe, et faire revenir en force les traditions de l’artisanat d’art dans les arts décoratifs. Ce mouvement se voulait plus proche de la terre et des hommes. Les artistes se préoccupaient des coutumes, de la culture locale et des pratiques qui avaient marqué leur contrée. Car selon ces artistes, l’industrialisation déshumanisait les hommes, qui étaient parqués dans les cités, coupés de la nature, ayants un travail non polyvalent. Pharmacie du Cerf à Strasbourg vers 1900
Pharmacie du Cerf à Strasbourg vers 1900
Ces artistes provoquent une prise de conscience de l’appauvrissement de la société et de son uniformisation à outrance. Il s’agit alors d’un retour aux sources, d’un retour à la terre, à contre-courant de leur époque qui vivait déjà une mondialisation avant l’heure.
Les artistes redécouvrait la ferronnerie, la broderie, la dinanderie, la tapisserie, la poterie, l’émaillage, l’impression à la planche, l’ébénisterie, l’orfèvrerie, la verrerie, la céramique, la reliure, la peinture décorative, … domaines qu’avaient délaissé les artistes à l’industrie grandissante.

Durant le Second Empire (1851-1870), les artistes alsaciens allaient très tôt trouver dans le folklore une source d’inspiration picturale, à l’instar de Gustave Brion, de Camille-Alfred Pabst, de Louis Frédéric Schutzenberger ou encore de Théophile Schuler. Mais ils se cantonnaient au sujet, et ne prenaient du folklore alsacien que le motif. Ces artistes ne constituaient pas un courant artistique, ils étaient avant tout des représentants de l’académisme du Second Empire.

Ce n’est qu’en 1890, qu’apparaît la renaissance culturelle alsacienne autour des membres comme Lucien Blumer, Auguste Cammissar, Léon Elchinger, Robert Forrer, Louis-Philippe Kamm, Henri Loux, les frères Matthis, Léo Schnug, Charles Spindler ou encore Gustave Stoskopf. Ces artistes s’orientent vers les arts décoratifs et s’appuient sur l’artisanat local. Ils trouvaient aussi l’inspiration nécessaire à la création de leurs œuvres dans l’histoire, le paysage et la tradition. Le Mouvement de Saint-Léonard, animé par Charles Spindler, autour d’un cénacle d’artistes et d’intellectuels, prônait un retour à la terre par ces imageries paysannes. Le cercle avait érigé le folklore comme base de leur mouvement. Ils se documentaient dans les villages, collectaient les objets usuels du paysan alsacien, qui échappaient à la destruction. Fresque sur mortier de Charles Spindler, Aldaric et Bereswinde au Mont Sainte-Odile
Fresque sur mortier de Charles Spindler, Aldaric et Bereswinde au Mont Sainte-Odile
Ils organisaient des conférences et des travaux sur l’art populaire alsacien. Les vieilles légendes étaient rééditées dans différents manifestes. Charles Spindler collectionnait les costumes folkloriques des différents villages de la région. Grâce à ce formidable mouvement de réappropriation du terroir et la redécouverte des coutumes, ces membres purent créer et sauver le patrimoine alsacien déjà fortement en péril à l’aube du 20e siècle.

Charles Spindler demeurant à Saint-Léonard près de Boersch, auprès de son mécène Anselme Laugel, était le premier artiste à prendre conscience de ce fait et à en faire sa source d’inspiration.
Charles Spindler abandonne l’illustration et s’oriente dans les arts décoratifs. En autodidacte, il élabore ses premières marqueteries. Il va installer en quelques années seulement un atelier d’art à Saint-Léonard, capable de participer aux salons et aux expositions les plus importantes de son époque (Exposition Universelle à Paris en 1900, Exposition des arts décoratifs de Turin en 1902, Exposition Universelle de Saint-Louis au Etats-Unis en 1904…). Exemple de boiserie avec un panorama en marqueterie de Charles Spindler
Exemple de boiserie avec un panorama en marqueterie de Charles Spindler
Charles Spindler allait rassembler autour de lui de nombreux artistes et d’artisans afin d’élaborer sous son impulsion des intérieurs folkloriques sans tomber dans le pastiche caricatural. Plusieurs de ces artistes menaient une double carrière et s’associaient avec Spindler pour la conception de ces intérieurs. Il s’agit du duo Paul Braunagel et Auguste Cammissar pour le vitrail d’art, mais aussi de Léon Elchinger de Soufflenheim pour la céramique, d’Adolphe Zschock pour la ferronnerie d’art, de Charles Bastian pour les carreaux de faïence, de Jean-Désiré Ringel d’Illzach pour la conception de verreries et de céramiques, de Christian Désiré de Meisenthal pour la verrerie, d’Henri Loux pour la faïencerie, de Jean-Jacques Graf de Guebwiller pour l’ébénisterie, d’Elsa Koerberlé pour la broderie…Léon Elchinger céramique vase toursenol après  1900
Léon Elchinger céramique vase toursenol après 1900
Autour de l’atelier de Saint-Léonard va émerger une esthétique régionale avant-gardiste, mêlant le Jugendstil, l’inspiration médiévale, l’Art and Crafft, c’est-à-dire une certaine idée de l’Alsace vers 1900, entre tradition et modernité. chaise alsacienne Charles Spindler vers 1900
chaise alsacienne Charles Spindler vers 1900

En effet, bien plus que le Jugendstil, l’Art and Crafft va représenter une profonde inspiration de cet art régional. Il multipliait les thématiques autour du paysage alsacien, de l’effigie de l’alsacienne à la coiffe. Ces panneaux de marqueterie servaient à orner ses meubles ou à constituer des panoramas pour les boiseries. Ces dernières se retrouvaient dans les restaurants, les cafés, dans les salons et les salles à manger des demeures bourgeoises. Malheureusement, très peu d’exemples existent encore de nos jours. On remarque ainsi, la nette différence entre l’approche de l’atelier de Charles Spindler et de celui d’Emile Gallé à Nancy. Emile Gallé produisait quelques rares œuvres d’art, qui représentaient des modèles. Son atelier d’ébénisterie produisait les meubles en série, car la demande était forte.
Charles Spindler travaillait davantage à la commande. Ses réalisations sont plus proches de l’esprit d’une œuvre d’art, a fortiori de l’Art and Crafft. Dans le même esprit des artisans d’autrefois, Charles Spindler cultive différentes disciplines. Il est à la fois imprimeur, photographe, rédacteur en chef de la Revue Alsacienne Illustrée, fresquiste sur mortier, aquarelliste,… Son approche polyvalente de l’art, lui permet d’envisager de créer des ensembles décoratifs. Charles Spindler produisait un décor total, dans une esthétique cohérente et équilibrée, respirant le vrai terroir, composé de matériaux locaux. Les exemples sont abondants, et certains ont survécu : Mont Sainte-Odile, le restaurant La fourchette des ducs à Obernai, le Clos Saint-Léonard à Boersch.Affiche de Louis-Philippe Kamm
Affiche de Louis-Philippe Kamm

Léon Elchinger fut un autre artiste à travailler dans l’esprit de Spindler. Ce dernier produisait une céramique avec un procédé relativement artisanal. Ceci permettait à cette céramique de conserver du caractère et se différenciait des productions industrielles qui étaient uniformes et standardisées. Le motif était en barbotine, posé à la main levée. Léon Elchinger céramique vase pin vers 1900
Léon Elchinger céramique vase pin vers 1900
La cuisson même des céramiques était rudimentaire, et pouvait révéler des défauts d’émail ou de coulure qui contribuait à donner à cette céramique un aspect ancestral. En cela, la céramique de Soufflenheim conservait cet esprit propre au mouvement de l’Art and Crafft. Léon Elchinger allait aussi multiplier les collaborations avec différents artistes, qui portaient ses céramiques vers un haut degré artistique.

Enfin, nous illustrons le cas de Léo Schnug, illustrateur, qui devient au cours de sa carrière, peintre fresquiste et décorateur pour le théâtre de Strasbourg. Léo Schnug se distinguait par la réalisation de fresques d’envergure. Après 1900, les projets se multipliaient à Strasbourg : L’entrée de l’Empereur Sigismond à Strasbourg pour le lycée des Pontonniers, les décors à la Maison Kammerzell, les fresques de la pharmacie du Cerf à Strasbourg, les décors du château de la Wartburg en Thuringe et surtout les décors pour le château du Haut-Koenigsbourg. Léo Schnug peignait sur du mortier, et réalisait sa peinture dans un style médiéval idéalisé, comme on peut aujourd’hui le remarquer dans les films Le Seigneur des anneaux ou Harry Potter. Le Haut-Koenigsbourg ou la pharmacie du Cerf étaient des décors entiers. Les meubles, les ferronneries, les carreaux, les fresques étaient réalisées dans un style néo-gothique entier. Wappensaal château de la Wartburg Thuringe fresque de léo Schnug
Wappensaal château de la Wartburg Thuringe fresque de léo Schnug
A l’opposé, la salle des trophées du château du Haut-Koenigsbourg souligne parfaitement le souci de Léo Schnug de restituer la sensation d’un motif ancien, à la manière des décorateurs du moyen-âge. Léo Schnug était très soucieux de vérités historiques. Il se documentait, se renseignait auprès d’érudits et de spécialistes. Sa passion pour l’époque médiévale trouvait un fort écho dans la région. Celle-ci abritait de nombreux vestiges médiévaux et certains villages étaient encore pétris de ce temps. Ainsi, ces artistes représentaient un trait d’union du moyen-âge à l’aube du 20e siècle. Ils sublimaient un temps où l’artisan repassait sans cesse son ouvrage pour atteindre la perfection.

Dans le milieu artistique alsacien, d’autres artistes participaient directement à la décoration des immeubles de la Neustadt. Ce fut le cas notamment des artistes suivants : Léon Hornecker, Carl Jordan, Alfred Marzolff, Albert Schultz, Georg Daubner, Anton Seder, etc… Et nous ne comptons pas les très nombreux artisans qui décoraient ces immeubles.

L’engouement esthétique qui anime le milieu artistique local avait séduit certains architectes eux aussi conscients du bouleversement de leur société et de la mode.

Dès les années 1880 apparaissait ce qu’on nomme le Heimatstil ou style Régional dans les constructions qui s’élevaient en Alsace. Ce style architectural se caractérise par l’usage du bois, des poutres en façade, de la pierre de taille, et illustre le folklore local. Il s’agit d’une tendance européenne, qui se retrouvait aussi bien en Normandie, qu’au Pays Basque. Cette tendance s’exprimait dans les régions européennes à forte identité. Nous pouvons citer le cas de la maison au toit de chaume et en brique rouge du pays frison ou encore les chalets tyroliens dans les Alpes, pour l’Allemagne.

La maison alsacienne dite à pans de bois dispose de caractéristiques bien à elle. On y distingue le colombage à l’intérieur comme à l’extérieur, le torchis, les tuiles dites en queue de castor, les soubassements en pierre de taille. Les matériaux sont plus ou moins identiques dans la région à savoir : le grès, le chêne ou le sapin, la terre, le grès des Vosges. Les constructions alsaciennes dans l’esprit du Heimatstil s’appuyaient sur ces caractéristiques et fleurissaient un peu partout dans la région.
Les premiers immeubles du type Heimatstil, se construisaient dans les campagnes, dans les villages typés.
Les commanditaires avaient le soin de ne pas rompre l’harmonie des villages et des coins pittoresques. Cette mode gagnait bientôt les villes comme Strasbourg ou Mulhouse.

De nombreux exemples de cette architecture parsèment la région : la Villa André Kiener à Colmar, le château de la Léonardsau à Saint-Léonard, le pavillon de chasse de l’Empereur à Haslach. A Strasbourg les exemples de ce type d’architecture sont nombreux : l’église Saint-Arbogast à Koenigshofen, l’école de la Musau au Neudorf, la villa Osterloff au parc des Contades, ou encore la villa Krafft allée de la Robertsau. Le Wacken et le front du Neudorf (rue Saint-Urbain), la cité-ouvrière du Stockfeld, sont trois exemples de quartiers strasbourgeois bâtis dans l’esprit du régionalisme. Ces trois quartiers sont des parfaits exemples de la réapparition du style vernaculaire dans les villes où la maison à colombage avait disparu. Ces constructions étaient dévolues à différents usages, pour des résidences de villégiatures, pour des villas, des immeubles de rapport, pour des bâtiments industriels ou des locaux techniques.
Ces constructions se caractérisent par leurs toits en pignon, les tuiles vernies, les tourelles ou les oriels, les gouttières ouvragées, les ferronneries d’art dans un style renaissance, les peintures décoratives (rare de nos jours à voir). Les architectes s’écartaient très souvent de la maison paysanne alsacienne pour se rapprocher de la maison patricienne. Il n’est pas rare non plus de trouver des villas à colombages, avec des éléments de la renaissance. Il arrivait aussi que des bâtiments soient composés d’éléments anciens provenant de maison alsacienne du 16e ou 17e siècle (lycée des Pontonniers à Strasbourg, Maison Heimatstil rue Saint-Urbain à Strasbourg
Maison Heimatstil rue Saint-Urbain à Strasbourg
château de la Leonardsau à Saint-Léonard). Les constructions dans le goût du Heimatstil étaient très souvent un mélange des genres. Les techniques modernes de constructions et les nouveaux besoins permettaient difficilement de réaliser des constructions paysannes. En effet, le Heimatstil s’éloignait du folklore alsacien, elle n’était qu’une évocation moderne de la ruralité en ville. Le régionalisme, c’était la mode !

Après 1900, les architectes tout comme les artistes allaient davantage se soucier de vérité historique et chercher à réaliser des constructions plus proches de la maison paysanne. Les architectes éviteront les erreurs du pastiche et les mélanges de l’architecture éclectique. Alors, paraissait des contributions, des articles scientifiques qui étudiaient en profondeur l’esthétique et le folklore alsacien. Certains se spécialisaient dans l’architecture dite du Heimatschutz qui introduisait un caractère rhénan à l’urbanisme (Beblo, Schimpf). Le Heimatschutz repoussait les architectures historicisantes tape-à-l’œil. Le souci était de cadrer avec l’environnement immédiat d’autres constructions antérieures, en utilisant des matériaux locaux par se fondre totalement.
Les architectes soucieux de cet esprit régional, seront nombreux. Nous citons rapidement quelques noms : Gustave Krafft, Fritz Beblo, Edouard Schimpf. Ils donneront à la maison alsacienne de ce début du 20e siècle un caractère plus proche du terroir. Le parfait exemple a été la construction de la cité-ouvrière du Stockfeld à Strasbourg par l’architecte Edouard Schimpf. Il réalise une parfaite synthèse de la maison alsacienne. Nous pouvons noter plusieurs caractéristiques typiques, qui font de ce quartier une réussite d’architecture. Les colombages sont proches de ceux que l’on peut voir sur les vieilles maisons du centre-ville de Strasbourg. Taverne à Obernai fresque de Charle Spindler carte postale
Taverne à Obernai fresque de Charle Spindler carte postale
Les toits imitent ceux des maisons alsaciennes (à forte pente ou à la mode strasbourgeoise, c’est-à-dire à toit brisé). Les tuiles sont dites en queue de castor (Biberschwanz), les volets en bois percés, les auvents ne sont pas oubliés. La hauteur des bâtiments confère à l’ensemble une sensation de village, et non d’un quartier d’une métropole comme Strasbourg. Les matériaux ne rappellent pas le modernisme, mais bien plus le monde rural. Ces quelques précisions nous indiquent que la maison alsacienne en ce début du 20e siècle avait enfin retrouvée une place dans le paysage urbain.

Après 1918, l’esthétique régionale déclinait dans les préoccupations des bâtisseurs et des artistes. L’heure était au modernisme, à la rationalisation, au confort et au fonctionnalisme. Les contemporains tuaient dans l’œuf l’esthétique régionale, comme en témoigne les propos de l’architecte Théo Berst « Le pignon dit alsacien ne nous paraît aujourd’hui pas plus justifié dans le cadre d’une exposition des arts décoratifs modernes que le nid de cigogne et le nœud alsacien de nos paysannes » (Le pavillon de l’art en Alsace, Exposition des arts décoratifs et industriels modernes Paris – Dernières nouvelles de Strasbourg 1925). La messe était dite, et écartait les professionnels de l’esthétique vernaculaire, qui avait été ressuscitée.
Alors que reste-t-il de cette esthétique issue du folklore alsacien ? Dès les années vingt, les grands artistes l’ont délaissé peu à peu. Le marketing et le commerce avaient repris cette imagerie, en l’infantilisant, et en inondant les marchés. De nos jours, cette imagerie commerciale s’est fortement réduite, sans doute par manque d’authenticité, démodée et ringardisée. Mais une autre esthétique plus campagnarde et moins tape-à-l’œil semble prendre le pas aujourd’hui, et tant mieux. Vue de la cité du Stockfeld à Strasbourg réalisée par l'architecte Edouard Schimpf
Vue de la cité du Stockfeld à Strasbourg réalisée par l'architecte Edouard Schimpf
Cette dernière allie authenticité et esprit du terroir. Elle rejoint l’idée des précurseurs, qui exaltaient jadis la paysannerie simple et modeste.
L’urbanisme et l’architecture, n’ont pas non plus prêté beaucoup d’attention à l’esthétique régionale ou vernaculaire. Il reste pourtant à signaler, le combat pour la sauvegarde du patrimoine régional. La guerre, l’abandon et plus tard l’urbanisme dévoraient peu à peu les périmètres des habitations traditionnelles. Dès les années soixante-dix des bénévoles sauvaient de la destruction des maisons alsaciennes en colombages. Ils les implantaient dans de nouveaux emplacements. De cette initiative est né l’écomusée d’Alsace à Ungersheim. Cette expérience à mi-chemin entre la sauvegarde du patrimoine et de l’ethnologie locale nous démontre tous les jours le besoin que nous avons de nous ressourcer et de nous inspirer de la terre et la tradition. Alors viendra le jour où nous nous souviendrons de quoi nous sommes faits et d’où nous venons.



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