Léo SCHNUG (1878-1933) : photographie.

Léo SCHNUG (1878-1933) : photographie.

Léo SCHNUG, un virtuose !

par Julien & Walter Kiwior


On s’est toujours beaucoup intéressé au cas de l’artiste Léo Schnug, qui est devenu une légende de la peinture alsacienne. De nombreuses recherches scientifiques et médicales voulaient déterminer les causes et les origines pathologiques de son génie ou sa folie. Comme si le génie, le talent ou l’imagination était quantifiable, mesurable, comptable, empilable à souhait, croissant ou dégressif. Ne suffit-il pas simplement d’admirer la virtuosité du coup de trait de Léo Schnug ? Rendre grâce à sa force intérieure et comprendre qu’il faut plus d’alchimie que la science ne pourra en donner afin d’accomplir un artiste comme Léo Schnug.
Carte de voeux, 1902. Encre et gouache sur papier 20x13,5cm. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.
Carte de voeux, 1902. Encre et gouache sur papier 20x13,5cm. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.
Saint Georges. s.d. Gouache sur papier. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg
Saint Georges. s.d. Gouache sur papier. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg

Avec un souci du détail quasiment maniaque, Schnug dépassait le simple illustrateur d’histoire



Il était un artiste qui avait une profonde richesse intérieure, capable de recréer un monde à partir de sa propre fantaisie. Il n’avait pas le talent de l’éloquence ou de la prestance, tout son temps était dédié aux lansquenets, aux hallebardiers, aux mercenaires et autres gibiers de potence qui foulaient l’Europe du temps des mérovingiens à la révolution française. Avec un souci du détail quasiment maniaque, Schnug dépassait le simple illustrateur d’histoire, qui ne fait que reproduire fidèlement un sujet. Il apportait une dimension à ses illustrations bien plus hautes que la parfaite copie. Et pourtant, on ne jugea pas Léo Schnug à sa juste valeur. On voyait son art, tout au plus comme des rêveries moyenâgeuses, des belles illustrations pour un bel ouvrage, qui plaisaient autant aux populeux qu’à sa majesté le Kaiser Wilhelm ! Son art était prometteur, il avait su éclore durant un bref intermède de l’art pour s’évanouir subitement et disparaître. Mais découvrons à présent son histoire …

Léo Schnug naquit en 1878 à Strasbourg, d’un père allemand, Maximilien Schnug, fonctionnaire auprès du Tribunal de Strasbourg et d’une mère alsacienne, née Lobstein originaire de Lampertheim. Léo Schnug vivait dans une famille bien particulière. Il perdait très jeune sa sœur aînée et grandissait sans père. En effet, le père de Léo Schnug était interné définitivement en 1880 et jusqu’à sa mort, à l’hôpital psychiatrique de Stephansfeld de Brumath. Les divagations du père, empêchaient ce dernier de rester le chef de famille classique. Malgré le divorce des parents, des liens resteront entre les parents. Cette situation familiale sera un poids tout au long de la vie de l’artiste. Il ne parlait guère de son père et de son propre problème psychiatrique. Une honte familiale : un père fonctionnaire, d’origine allemande et fou ! Dans le contexte politique et social de l’Alsace de l’époque, cela ne devenait plus simplement une honte mais un véritable fardeau.

Pompier. Aquarelle 37x25,5cm. SbG. Collection particulière. Provenance : Galerie KIWIOR
Pompier. Aquarelle 37x25,5cm. SbG. Collection particulière. Provenance : Galerie KIWIOR
Chevalier en prière. Gouache sur papier. SbD. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.
Chevalier en prière. Gouache sur papier. SbD. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.

Mauvais élève, il trouvait dans le dessin un exutoire salutaire.



Pour subvenir au besoin de la petite famille, la mère de l’artiste devenait logeuse. Elle accueillait des voyageurs, des fonctionnaires, des soldats, des comédiens, … Cette vie bouleversante, éveillait le jeune Léo Schnug. Il se rendait au théâtre municipal, et jouait avec les soldats de la garnison de Strasbourg. Mauvais élève, il trouvait dans le dessin un exutoire salutaire. En 1895, la mère de l’artiste l’inscrivait à l’école des arts décoratifs de Strasbourg. Le directeur de l’établissement, Anton Seder, avait très vite remarqué le talent du jeune Schnug et avait su développer judicieusement ses aptitudes.

L’école des arts Décoratifs était une révélation pour le jeune Schnug. Il retrouvait sur les bancs de l’école les futurs artistes Paul Braunagel, Henri Loux, Georges Ritleng, Emile Schneider, etc… Il obtient même de l’éditeur viennois Gerlach & Schenck, à l’âge de 17 ans, son premier contrat. Son trait était fin, virevoltait sur la feuille, et s’apparentait aux contorsions ou aux vrilles de la vigne. L’influence de l’art nouveau ou du Jugendstil était perceptible. A cette époque, ce courant artistique éclatait un peu partout en Europe.

En 1898, Léo Schnug s’inscrivait à l’Akademie der Bildenden Künste de Munich. A l’académie, on lui dispensait un enseignement classique. L’école était encore sous l’influence de l’historicisme. Le professeur Nikolas Gysis n’avait guère d’influence sur la manière du jeune Schnug. Il était de notoriété qu’il s’adonnait déjà en ce temps à la peinture de fresque et participait à la vie étudiante de Munich.
Son séjour munichois était rapidement abrégé, car son penchant pour l’alcool conduisait Léo Schnug à de graves excès. Sa mère, plaçait le jeune artiste dans une clinique, à Saint-Gall en Suisse, à l’insu de son entourage, et cet incident resta longtemps secret.

De manière fulgurante, il enchaînait les commandes, et illustrations d’ex-libris, de cartes postales, d’affiches


Avant la bataille. SbD. Encre et aquarelle sur papier 16,2x18,5cm. Achat en 1917. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg
Avant la bataille. SbD. Encre et aquarelle sur papier 16,2x18,5cm. Achat en 1917. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg

Peu de temps après, Léo Schnug s’installait à Strasbourg, dans l’immeuble da sa mère. Il abandonnait très rapidement l’Art Nouveau, et l’illustration d’avant-garde. De manière fulgurante, il enchaînait les commandes, et illustrations d’ex-libris, de cartes postales, d’affiches. Il avait su trouver une place dans la scène artistique strasbourgeoise et avait su remplacer dans ce créneau l’illustrateur bavarois Joseph Sattler. Ce dernier, a quitté Strasbourg pour rejoindre son mécène, l’éditeur Stargardt à Berlin. Léo Schnug subissait immanquablement l’influence de Joseph Sattler. Il avait imposé en Alsace un goût pour le médiéval.
Schnug s’intégrait aisément au groupement d’artistes alsaciens animé par Charles Spindler et Gustave Stoskopf. Ils adoptaient le jeune Schnug en l’intégrant dans les nombreuses actions artistiques. Il participait à de nombreuses manifestations menées pas la Revue alsacienne illustrée du Docteur Pierre Bucher. Il contribuait d’ailleurs à fournir de très nombreuses illustrations pour cette luxueuse revue d’art. Il exposait aussi régulièrement à la Maison d’art alsacienne, au Palais Rohan et aux expositions des alsaciens dans tout l’Empire allemand.

Il était d’une nature plutôt discrète en société



Léo Schnug n’avait pourtant pas d’affection particulière pour la mondanité, il ne se montrait guère à la table d’Auguste Michel à Schiltigheim ou aux dîners officieux. Il était d’une nature plutôt discrète en société. Par contre, il était toujours prêt à animer un bal, une Kermesse pour le Musée Alsacien de Strasbourg où on pouvait l’admirer en tenu de soldat de la Révolution. Hugo Haug, intellectuel strasbourgeois, très lié aux milieux artistiques raconte cette anecdote à propos du bal des artistes de 1905 dans l’ouvrage Au service de l’Alsace : « Premier grand succès de la soirée, entrée de Schnug et une demi-douzaine de ses amis en soldats de 93 avec une ravissante cantinière. Durant toute la soirée, ce groupe met de l’entrain. Je passe les exhibitions des poubelles de Jacobi et des pilastres de Saint-Pierre dont les journaux parlent. Minuit sonnant : entrée de la musique des pompiers précédée des sapeurs. Comme l’année passé, effet saisissant mais plus grandiose, parce que la foule est plus nombreuse. On hurle pour demander le Sambre-et-Meuse. Schnug et sa bande sont du défilé. J’oubliais de dire qu’ils ont un tambour et un drapeau rouge et blanc ». Léo Schnug se révélait être un véritable boute-en-train, ayant le verbe haut quant il le faut, grand amateur de vin. Sa consommation était devenue légendaire. En effet, il laissait de remarquables fresques à la Maison Kammerzell, qui célèbre la gastronomie et le bon vin. De nombreux autres débits de boisson et de restaurants disposaient autrefois à Strasbourg de quelques belles fresques ou toiles de Schnug. De nos jours, presque la totalité des fresques ont disparu.

Saint Martin partageant son manteau. 1906. Encre et aquarelle sur papier. 24,5x29,6cm. Acquisition en 1930. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg
Saint Martin partageant son manteau. 1906. Encre et aquarelle sur papier. 24,5x29,6cm. Acquisition en 1930. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Léo Schnug était loin d’être un personnage taciturne. Il était de toutes les manifestations de la scène artistique Strasbourgeoise. Il aimait se travestir comme bien des artistes et des notables de sont temps. Toutes les occasions étaient un prétexte pour ce bon vivant à la fête costumée. Ainsi, une riche documentation existe sur ses divers costumes et ses apparitions en soldats. Le Musée alsacien le vit en soldat de la révolution et lors de l’inauguration du Haut-Koenigsbourg, on le vit en tenue de hallebardier participer au cortège. Jusqu’au plus profond de lui, il incarnait ses personnages pour revivre une épopée, afin de nourrir son imaginaire. Sa fascination pour le costume lui procurait certaines commandes, comme la réalisation de costumes pour l’Opéra de Strasbourg.

Le style de Léo Schnug était très en vogue à l’aube du XXe siècle. L’ère du temps, était en grande partie tourné vers la science historique et la redécouverte du passé


Le copiste. SbD. Encre et aquarelle. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg
Le copiste. SbD. Encre et aquarelle. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg
Richard Coeur de Lion en réunion. Aquarelle et encre. SbD. 15,5x9,5cm. Collection particulière. Provenance : Galerie Kiwior
Richard Coeur de Lion en réunion. Aquarelle et encre. SbD. 15,5x9,5cm. Collection particulière. Provenance : Galerie Kiwior
Léo Schnug avait débuté simplement par l’illustration, qui demeure sa base artistique. Le nombre de ces publications et assez important et très varié, en établir ici un catalogue nous paraît inutile. Le style de Léo Schnug était très en vogue à l’aube du XXe siècle. L’ère du temps, était en grande partie tourné vers la science historique et la redécouverte du passé. L’Alsace en mal d’identité, se tournait vers les uniformes français de la Révolution à l’Empire. Très souvent, les uniformes de pompiers étaient utilisés subtilement, pour célébrer la France, sans courir le risque d’une interdiction de la police. Les associations de vétérans, du souvenir français, fleurissaient un peu partout dans la région. Mais cet engouement pour l’historicisme ne s’arrêtait pas seulement à l’uniforme français. Il traversait toute la société allemande, et a fortiori l’Alsace : l’antiquité, le médiéval, la renaissance, le siècle des lumières, … Toutes ces époques étaient une source d’inspiration et un art de vivre ! Léo Schnug s’était taillé une réputation dans l’art du médiéval et de l’uniforme militaire.

Léo Schnug puisait pour sa création dans l’archéologie : l’antiquité, le médiéval et jusqu’à la révolution française. Il avait cette capacité de synthèse entre un dessin de grande précision et une imagination fertile. Léo Schnug évoluait entre un réalisme exacerbé et une mis en scène féérique. Ces illustrations n’étaient pas crées pour une reconstitution historique parfaite, même si elle demeurait très objective par rapport la science historique. Léo Schnug travaillait à célébrer un temps ancien, qui était pour lui, un temps idéal. Le monde moderne en progression constante, n’intéressait guère l’artiste. Il passait son temps à la recherche des civilisations perdues. Il collaborait avec l’archéologue Robert Forrer, et partait en excursion, visitait les expositions d’armes anciennes, collectait un tas d’objets qui lui permettait d’alimenter ses illustrations. Paul Martin, rapporte de ses souvenirs les propos suivants dans l’ouvrage Léo Schnug d’A.Wackenheim : « J’allais le voir dans son atelier, pièce encombrée de cartons, de gravures anciennes, de livres, d’armes et de bibelots militaires d’un modeste appartement, qu’il habitait rue Graumann, avec sa mère ». Léo Schnug s’appuyait aussi sur les ouvrages de Auguste Racinet ou de Viollet-le-Duc pour réaliser ses motifs. Les monuments, les châteaux, les remparts de la ville de Strasbourg, les heaumes, les épées, les arbalètes et les dagues sont étudiés et chronologiquement choisis. Léo Schnug apparaît comme un artiste érudit, soucieux de vérité historique, et loin de l’image dilettante dont on l’a parfois affublé.

Une mélancolie accompagne ses dessins, un certain spleen se manifeste dans les œuvres



Scène de bataille médiévale. Aquarelle 25x31cm. Probablement ancienne collection Alfred RITLENG. GALERIE KIWIOR, Strasbourg
Scène de bataille médiévale. Aquarelle 25x31cm. Probablement ancienne collection Alfred RITLENG. GALERIE KIWIOR, Strasbourg

Léo Schnug illustrait des thèmes récurrents tels que la sentinelle, le gardien de prison, le bourreau, le lansquenet, le cavalier, l’arquebusier, etc… Une mélancolie accompagne ses dessins, un certain spleen se manifeste dans les œuvres. Les teintes qui composent les aquarelles ou les gouaches de Schnug, accentuent cette sensation et donnent un caractère romantique. Le plastron d’une armure de chevalier avait sous sa main, une brillance et une coloration enivrante. Le couvre-chef à large bord, augmenté d’une superbe plume rougeâtre magnifiait encore plus les exubérants costumes des lansquenets.

Léo Schnug travaillait avec une méthode qui se révélait efficace. Dans l’ouvrage Léo Schnug de A. Wackenheim, Paul Martin rapporte les propos suivants « Je le vois encore penché sur sa planche à dessin, sa plume couvrant de traits précis et vertigineux la surface blanche du papier, passé ensuite d’un lavis sombre, rehaussé finalement de touches de gouache claires et lumineuses …». Léo Schnug dessinait en premier lieu un motif au crayon, puis achevait le dessin à l’encre, ainsi naissait la trame du dessin. Dans un second temps, il apposait de la grisaille puis finalement, par touches successives, des traits de gouache. Les compositions de Schnug prenaient avec le temps, plus de caractère. Le trait s’imposait davantage sur ses gouaches et ses dessins. Son coup de trait s’apparente beaucoup de la bande dessinée d’aujourd’hui ! La manière de Schnug est véritablement avant-gardiste.

On remarquait une inclinaison diagonale assez forte dans ses dernières œuvres, dans laquelle Schnug semble faire descendre ses personnages d’une colline : un écho inconscient de sa propre déchéance ?


Personnage tenant une pomme dans un paysage. Aquarelle et gouache sur papier 30x25cm. SbD. GALERIE KIWIOR, Strasbourg
Personnage tenant une pomme dans un paysage. Aquarelle et gouache sur papier 30x25cm. SbD. GALERIE KIWIOR, Strasbourg

Léo Schnug n’avait pas son pareil, pour illustrer un assaut d’un château-fort, une cavalcade ou encore le pas lent de la troupe qui se rend à la bataille. Justement, ce pas ! Ses personnages étaient quasiment toujours en marche. Le mouvement de troupe, le hallebardier tenant son arme sur l’épaule, le marchand ambulant, l’apothicaire, tous ces personnages suivaient une progression, une direction. Bien plus tard, Schnug conservait ce mouvement dans son dessin, malgré la perte de ses facultés artistiques. On remarquait une inclinaison diagonale assez forte dans ses dernières œuvres, dans laquelle Schnug semble faire descendre ses personnages d’une colline : un écho inconscient de sa propre déchéance ?

L’art de Léo Schnug était total, et il ne se déclinait pas seulement sur une feuille de papier. Léo Schnug allait très vite s’illustrer dans la réalisation de fresques monumentales. En premier, il exécutait ce genre de travaux pour son plaisir, dans les débits de boissons qu’il fréquentait. Avec le temps, les commandes de fresques étaient de plus en plus importantes. Léo Schnug s’adressait auprès des artistes Georg Daubner et Léon Hornecker. Ces derniers avaient eux-mêmes réalisé des grands ensembles décoratifs. Schnug cherchait également des renseignements auprès du peintre-décorateur Strasbourgeois Adolf Zilly, qui a laissé de très nombreux travaux dans la Neustadt de Strasbourg. En autodidacte, Léo Schnug avait acquis une adresse particulière dans cet art. Mais Léo Schnug travaillait sur d’autres projets. C’est le cas notamment de la salle d’exposition réalisée par Charles Spindler pour l’Exposition Universelle de Turin en 1902. Il composait également des décors de vitraux ou d’immenses décors en céramique pour le Musée historique de la ville d’Haguenau.

Le premier grand projet de Léo Schnug fut la réalisation d’une peinture monumentale, de 3 m × 9 m, intitulée « L’entrée solennelle de l’Empereur Sigismond à Strasbourg en 1414 » pour le lycée de jeune fille de Strasbourg. L’œuvre fut réalisé en 1903 et trône actuellement à l’entrée du Musée Historique de Strasbourg. Elle représente l’Empereur qui est accueilli par les notables de la ville libre de Strasbourg.

L’année 1905 consacre Léo Schnug en tant que peintre-décorateur. Il réalisait la première oeuvre murale d’envergure à la maison Kamerzell. Au même moment, il réalise les fresques de la pharmacie du Cerf en face de la Cathédrale de Strasbourg et celles de la brasserie du Lion d'or.
A la Maison Karmerzell, il exécutait un ensemble décoratif de tout premier ordre. Le rez-de-chaussée, illustre les remparts de la ville de Strasbourg durant le moyen-âge, ainsi que l’histoire de la nef des fous, tiré du récit de Sébastian Brandt, écrivain de la renaissance strasbourgeoise. Le décor était autrefois entièrement dans le goût néo-gothique. Léo Schnug y apportait sa touche finale par des frises florales qui couraient tout au long des arêtes de la salle voûtée. Au premier étage, Léo Schnug illustre des allégories suivantes : la faim, la soif et la fête. Sa vie de noctambule devait avoir sans doute inspiré l’artiste dans la composition de ce décor, par ailleurs peu facile à élaborer dans les coins et recoins de cette vieille bâtisse.

Léo Schnug exécutait également la façade du foyer des étudiants catholiques à Strasbourg. Malheureusement, l’art médiéval n’était plus du goût des habitants après guerre et les décors ont disparu !

En 1910, le Hohkönigsburg Verein veut confier à Léo Schnug la décoration des fresques du château. L’architecte en chef Bodo Ebhardt accrédite l’artiste, qui avait déjà réalisé les maquettes des costumes de l’inauguration du château deux années auparavant. L’empereur aimait le nouveau projet de Léo schnug. Son art répondait bien plus à la rêverie médiéviste de l’Empereur et suggérait bien mieux la gloire, le prestige de la famille Hohenzollern. Schnug s’installait dans le village de Oberbergheim pendant les travaux. Durant ce séjour il aura une rixe violente avec l’un de ses collaborateurs, mais l’affaire fut étouffée par les autorités pour laisser l’artiste poursuivre cette énorme tâche.
Présentation d'une jeune femme à un vieux bourgeois - scène médiévale. Huile sur toile 33x27cm. SbG. GALERIE KIWIOR, Strasbourg
Présentation d'une jeune femme à un vieux bourgeois - scène médiévale. Huile sur toile 33x27cm. SbG. GALERIE KIWIOR, Strasbourg
Les fresques du château du Haut-Koenigsbourg sont un résumé de l’histoire du Château et évoquent habilement chacun des seigneurs qui ont marqué la demeure. Les principaux personnages sont inspirés du roman de J.Wolff. Les fresques évoquent les Tierstein, les Ribeaupierre, les Ratsamhausen, en tournoi … Les fresques sont là pour associer les vieilles familles alsaciennes en lien aves les illustres familles allemandes, ainsi que celle de l’Empereur. Tout un symbole !

Sur un autre mur, on voit les scènes historiques du siège de 1462, qui a permit de chasser les chevaliers brigands du château par les troupes de Bâle, de l’évêque de Strasbourg ainsi que de l’archiduc d’Autriche. Cette bataille faisait appel pour la première fois à l’artillerie et détruira le château !

Le plafond est couvert par l’aigle impérial surmonté des armoiries de l’Empire allemand. Il représente l’aigle auréolé avec l’inscription «Gott mit uns», la fameuse devise de l’Empire allemand tant brocardé par Hansi.

L’Empereur décerne à Léo Schnug la Rote Adler orden, et devient ainsi le protégé de ce dernier



En 1912, Léo Schnug achève la fresque de la salle des chevaliers pour le plus grand plaisir de l’Empereur. On lui confira plus tard la salle des trophées qui sera achevée en 1914. L’Empereur décerne à Léo Schnug la Rote Adler orden, et devient ainsi le protégé de ce dernier. Il est au zénith de sa carrière, mais c’est également le début de la fin. Léo Schnug se plaçait malgré lui dans le déchirement politique alsacien peu avant la déclaration de la Grande Guerre. Les caricaturistes alsaciens ont fortement attaqué le projet de reconstruction du château du Haut-Koenigsbourg, ainsi que les fresques. Hansi ne manquait pas d’écorcher Léo Schnug pour son travail, dans l’ouvrage « Vogesen Bilder - Die Höhkoenigsburg im Wasgenwald ». Il attaque Schnug et détourne même le nom en Schnag, équivalent d’escargot en dialecte alsacien ! On ne peut évidemment pas parler d’amitié ou de cause commune en les deux artistes, comme le suggère la revue Saison d’Alsace en 2008.

Le Haut-Koenigsbourg était l’œuvre majeure de Léo Schnug. Ce château fut à la fois pour Léo Schnug un immense succès, mais également un coup fatal à sa création artistique. Il composera encore de belles fresques au château de la Wartburg dans le Thuringe, mais les autres commandes étaient de moins en moins prestigieuses. Il retombait dans les décors de restaurant ou de débits de boisson.

A l’approche de la grande guerre, Léo Schnug se marginalise. Pourtant, on le voyait très actif au Musée alsacien de Strasbourg, projet animé, par le très francophile, Docteur Pierre Bucher et les collaborateurs de la Revue alsacienne illustrée. Il dessinait de nombreuses illustrations de soldats de la révolution française et de l’Empire. Aux festivités, il apparaissait en uniforme français. Léo Schnug ne se souciait peu des on-dit, et voulait sauvegarder son indépendance, et surtout il ne voulait pas se couper du milieu artistique dans lequel il avait émergé très jeune. Léo Schnug se trouve ainsi mêlé dans un amalgame : ni français, ni allemand, mais alsacien ! Léo Schnug continuait à travailler pour ses commanditaires restés fidèles, sans vraiment se soucier du lendemain.


Lorsque la grande guerre éclate, Léo Schnug est enrôlé dans l’armée allemande. Il est nommé Vice-feldwebel du Bekleidungsamt à la caserne de Strasbourg. Sa décoration obtenue auprès de l’Empereur le protège des horreurs de la guerre. Léo Schnug abusait de sa notoriété et se permettait des écarts. La grande guerre a stoppé la carrière de bien des artistes, et brutalement interrompu de nombreux projets. Schnug illustre pour l’armée quelques affiches de propagande. Il s’alcoolise abondamment au point d’oublier de se rendre à la caserne. Plus tard, il sera réformé de l’armée. C’est à partir de 1915/1916 que son art décline. Son trait devient laborieux et plus grossier. Le pays est en arrêt et tous les efforts se portent sur les fronts. De nombreux collègues de Léo Schnug ne bénéficiaient pas du même traitement. Ils étaient envoyés sur le front de l’est, d’autres étaient internés en Allemagne pour leurs opinions politiques, d’autres encore ont rejoints l’armée française. La mélancolie gagne l’artiste qui se réfugie dans l’alcool en attendant la fin du conflit qui tarde à venir. Léo Schnug connaît sans doute trop bien le sort que lui sera réservé si l’Alsace redeviendra française. A peine quelques jours avant l’armistice, sentant la fin du régime, Léo Schnug se rend de son plein gré, à Stephansfeld, à l’hôpital psychiatrique. Il désire se faire interner pour ses troubles et son addiction à l’alcool. Il est rapporté qu’il se sentait à l’abri derrière ses hauts murs, protégés par les gardiens. Ce court passage permet à Schnug d’éviter les troubles de l’Armistice et évite la chasse aux allemands.
Militaire dans un paysage. Aquarelle et gouache. 33x31cm. SbD. GALERIE KIWIOR, Strasbourg
Militaire dans un paysage. Aquarelle et gouache. 33x31cm. SbD. GALERIE KIWIOR, Strasbourg
En avril 1919, Léo Schnug quitte l’établissement et revient habiter chez sa mère à Strasbourg. Le choc est grand, les changements sont nombreux, partout des drapeaux tricolores, des pancartes en français, des poilus. De nombreux collègues sont partis de l’autre côté du Rhin. Son penchant pour l’alcool s’accentue malheureusement et le plonge encore davantage dans son drame. Léo Schnug se fait oublier et ne dessine plus que pour sa consommation quotidienne d’alcool. Il commence à en souffrir sérieusement. Ses dessins ont perdu l’éclat et la fluidité d’antan. Il a un coup de trait heurté, nerveux et la couleur à presque disparu. Ses compositions deviennent de plus en plus banales et répétitives. On remarque sur ses œuvres l’éternel soudard descendre une colline, près à sombrer, à disparaître de l’image. Le cadrage des compositions est quasiment mystique et annonciateur de la fin proche d’un artiste en mal de vivre. Il peint de plus en plus souvent à l’huile ou réalise des encres d’une terrible noirceur. Il se plaisait à dire « Tout ceci ne serait pas arrivé si on ne m’avait pas empêché de me marier », comme pour trouver une excuse ou une cause de son mal. En 1921, sa mère omniprésente dans la vie de l’artiste meurt. Le dernier élément stable dans son existence disparaît. A peine quelques jours plus tard, Léo Schnug est à nouveau interné à Stephansfeld dans l’hôpital psychiatrique.

Ses enivrements quotidiens, l’ont plongé dans une sérieuse démence et dépendance. Les médecins le font régulièrement dessiner et analysent ses oeuvres. Il tente encore de réaliser une fresque pour le réfectoire de l’hôpital mais abandonne le projet.

Après quelques années, la démence a pris le pas sur son addiction. Léo Schnug n’est plus que l’ombre de lui-même



Durant ses années, il reçoit la visite de certains amis et de sa famille, qui lui procurent en douce, sa ration de tabac et de vin. Après quelques années, la démence a pris le pas sur son addiction. Léo Schnug n’est plus que l’ombre de lui-même. Il meurt en décembre 1933 en faisant une promenade dans l’hôpital. La scène artistique strasbourgeoise et ému en apprenant sa disparition. Il était resté dans la mémoire collective alsacienne comme ce génial illustrateur. Une grande rétrospective à la Maison d’art alsacienne montrait toute une vie de labeur et conquis une nouvelle génération d’amateurs d’art.
Bilderbogen. Encre sur papier. SbD. (Etude pour la parution "Die Bilderbogen"). Musée d'Art Moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.
Bilderbogen. Encre sur papier. SbD. (Etude pour la parution "Die Bilderbogen"). Musée d'Art Moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.
Que retenir de cette carrière ? La bohême ou le labeur ? La seconde réponse s’impose sans aucun doute. Il avait ce don, cette grâce de faire vibrer un sujet dans une féerie, de transporter le spectateur dans un lointain souvenir, que la mémoire de l’homme n’a pas su conserver. Léo Schnug nous a légué sa vision, son idéal et nous en sommes éternellement reconnaissant.

Remerciements :



Nous tenons à remercier Madame Christine Speroni du Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg pour son aimable autorisation à reproduire des oeuvres de l'artiste que le musée conserve.

Nous remercions également tous les collectionneurs ayant souhaité garder l'anonymat de nous avoir donné leur accord pour la reproduction de leurs oeuvres.


Autres oeuvres de l'artiste :



Fou. SbD. Aquarelle sur papier. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.
Fou. SbD. Aquarelle sur papier. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.
Portrait de Henri Loux. 1903. ENcre, aquarelle et gouache sur papier. 17x7,5cm. Achat 1917. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.
Portrait de Henri Loux. 1903. ENcre, aquarelle et gouache sur papier. 17x7,5cm. Achat 1917. Musée d'Art moderne et contemporain de la Ville de Strasbourg.



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