Rue de l'épine à Strasbourg sous les drapeaux. Huile sur panneau 45x32cm. GALERIE KIWIOR

Rue de l'épine à Strasbourg sous les drapeaux. Huile sur panneau 45x32cm. GALERIE KIWIOR

Lucien Blumer 1871-1947 : Un impressionniste solitaire et idéaliste

Julien & Walter KIWIOR


Lucien Blumer : un amour de la vieille pierre, un idéaliste dans un monde iconoclaste. Blumer aimait profondément son pays, sa nature, sa culture et son esprit unique. Durant toute sa carrière, il fut un promoteur acharné de l'art alsacien, tant par son action publique que par son art. Lucien Blumer a laissé des admirables vues de Strasbourg et de paysages de la campagne alsacienne. Il est un artiste de tout premier ordre, et fut un savant coloriste, qui accueillait dans sa demeure la scène artistique alsacienne.
rue de Strasbourg. Huile sur toile 65x54cm. Datée 1911. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
rue de Strasbourg. Huile sur toile 65x54cm. Datée 1911. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
Bassin aux nénuphars. Huile sur toile. Datée 1916. GALERIE KIWIOR
Bassin aux nénuphars. Huile sur toile. Datée 1916. GALERIE KIWIOR

Il grandissait dans le vieux Strasbourg en perpétuelle construction et réaménagement.



Lucien Blumer grandissait dans la demeure familiale, une remarquable bâtisse renaissance, du quai des bateliers et voyait devant lui le spectacle de vieux Strasbourg. Bercé dans une famille d'artisans, Lucien Blumer s'orientait sans peine vers le monde des arts. Son arrière grand-père Jean-Chrétien Blumer n'avait-il pas exécuté les plus beaux meubles au palais Rohan à Strasbourg ? Il grandissait dans le vieux Strasbourg en perpétuelle construction et réaménagement.
Très tôt, Lucien Blumer montrait des dispositions pour le dessin et il était envoyé chez le peintre badois, Lothar Von Seebach, qui avait installé son atelier dans la tour de la porte de l'hôpital à Strasbourg. Ce dernier lui enseignait les plus importants rudiments du métier de peintre, et l'initiait à la peinture impressionniste. Le jeune Blumer découvrait alors le monde sous un nouveau jour. La couleur emplissait sa palette et ses toiles. Il cherchait les ensoleillements comme on peut être en quête du Graal ou l'or du Rhin. Il parcourait la ville de Strasbourg, la campagne alsacienne, afin de capter ces moments, ces instants, où le soleil caresse une dernière fois les toits, les façades ou les pignons des toitures pour s'évanouir peu de temps après dans la pénombre. Il scrutait ces instants pour en boire le nectar, et nous livrer des vues qui émerveillent l'œil, même le plus insensible. Blumer nous permet de capter les éléments et leurs forces. Une anecdote, nous rapporte qu'il avait ouvert une lucarne dans le dernier étage de sa demeure, au bout du toit, afin de pouvoir admirer et saisir les rayons rasants du soleil sur les toits de Strasbourg, rare spectacle qui ne s'offre qu'à quelques-uns.

Lucien Blumer fut véritablement le plus fidèle élève de Seebach


La Petite France à Strasbourg. Huile sur toile 45,5x81,5cm. Datée 1932. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
La Petite France à Strasbourg. Huile sur toile 45,5x81,5cm. Datée 1932. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
L'influence de Lothar Von Seebach fut déterminante dans la peinture de Lucien Blumer. On confondait, à tort, la peinture de Blumer, comme étant de la main du maître. Lucien Blumer fut véritablement le plus fidèle élève de Seebach, et il avait totalement intégré les préceptes de son maître.
Ce dernier avait introduit l'art impressionniste français au tout début des années 1880 à Strasbourg. Un voyage d'étude à Paris bouleversait sa vision du monde. Sa palette s'éclaircissait, et il empruntait aux peintres impressionnistes le réalisme d'alors. Il n'était plus question de peindre l'histoire, les allégories, l'Antiquité. Désormais, même à Strasbourg, on peindra le vrai, l'actualité, le quotidien, le simple spectacle de la nature ou la misère sociale.
Lothar Von Seebach avait vraisemblablement découvert la virtuosité de la peinture d'Edouard Manet lors d'une exposition à la Galerie de la vie moderne en mars et avril 1880. Il en acquière d'ailleurs très rapidement l'esprit. Il s'agit d'une peinture rapide, fluide, franche, composée de larges touches, qui s'accordent avec des demi-tons et un trait particulier qui marque le contour des éléments, des objets et des personnages. La touche de Manet se ressent immanquablement dans l'art de Von Seebach. Pourtant, ce dernier se différencie en offrant une vision plus chaude et plus vibrante, ayant un contour magenta, prune pour les chaires qui se différencie du contour gris-noir, voir un gris-brun de Manet.
Le Pulverturm du château des Turckheim à Dachstein. Huile sur toile 56x66cm. Datée 1928. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
Le Pulverturm du château des Turckheim à Dachstein. Huile sur toile 56x66cm. Datée 1928. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
A l'orée du bois. Huile sur toile 55x46cm. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
A l'orée du bois. Huile sur toile 55x46cm. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
Les dessins de Von Seebach ont une parenté tout à fait logique avec l'œuvre de Manet et montrent que l'artiste avait intégré le trait de l'estampe japonaise, le jet, le coup, et pour ainsi dire l'essence de l'esprit Manet : Il faut traduire ce qu'on éprouve mais instantanément pour ainsi dire. Pour avoir la spontanéité, il faut être maître de son art.
En effet, Lothar Von Seebach qui accueillait de nombreux peintres amateurs, mais également des futurs artistes, était extrêmement exigeant. Il demandait d'abord la maîtrise du dessin avant d'envisager un cours de peinture. Lothar Von Seebach enseignait la chromatique qu'une fois la technique du dessin acquise. Ainsi, les élèves ne pouvant pas se plier à cette exigence devaient quitter l'atelier.
Von Seebach influencera un nombre important de jeunes artistes alsaciens, et notamment Lucien Blumer. Ce dernier avait acquis une dextérité et peignait en duo avec le maître dans l'atelier et en plein air. L'impressionnisme et l'école de Barbizon étaient passés par là. De nombreuses toiles du maître Lothar Von Seebach, connaissent un pendant réalisé par l'un de ses élèves. Il faut dire que pour saisir le vrai, pour peindre son époque seule la perception du réel pouvait rendre les paysages tels qu'ils le sont. Le matériel des artistes se perfectionnait, le chevalet, les transports et surtout le tube de couleur étaient faits pour révolutionner l'art de la peinture.

Il était particulièrement frappé par la force vibrante des œuvres d'Alfred Sisley



En 1895, Blumer allait se former à l'Académie des Beaux-arts de Karlsruhe. Mais le professorat n'avait pas inspiré beaucoup le jeune artiste, car l'enseignement dispensé à Karlsruhe à cette époque était encore très classique et historicisant.
De 1897 à 1899, Blumer allait parachever sa formation initiale à Paris à l'Académie Julian. Il suivait l'enseignement des professeurs Jules Lefebvre et Tony Robert-Fleury, tous deux connus pour une peinture académique et classique. Là aussi, le jeune artiste reste hermétique à une peinture de plus en plus démodée. Mais Lucien Blumer ne manquait pas de visiter les expositions et les galeries de peinture qui accueillaient la peinture impressionniste. Il était particulièrement frappé par la force vibrante des œuvres d'Alfred Sisley, l'un des fondateurs du mouvement impressionniste. Il avait très clairement capté la technique et la palette de ce dernier et l'appliquer à son retour au paysage alsacien.
Bateau-lavoir - Quai Saint-Nicolas et Tour de l'Hôpital à Strasbourg. Huile sur toile 45x36,5cm. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
Bateau-lavoir - Quai Saint-Nicolas et Tour de l'Hôpital à Strasbourg. Huile sur toile 45x36,5cm. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
La cathédrale de Strasbourg. Huile sur toile 47x38cm. Datée 1932. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
La cathédrale de Strasbourg. Huile sur toile 47x38cm. Datée 1932. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
A Paris, il tentera également des essais dans la lithographie et l'estampe. Il avait d'ailleurs réalisé une excellente épreuve du moulin de la Galette de Montmartre. Il est aussi à noter, qu'il réalisa les toutes premières vues du Sacré-Cœur, monument célèbre de l'école de Montparnasse.

Lucien Blumer se liait d'amitié avec Auguste Rodin



Lucien Blumer tissait de nombreux liens dans la ville lumière. Il se trouvait en stage dans l'atelier d'Eugène Carrière, alsacien de souche comme lui, et enseignait la peinture aux jeunes élèves. Durant son séjour, Lucien Blumer se liait d'amitié avec Auguste Rodin. Ce dernier, convaincu par plusieurs alsaciens, viendra inaugurer la première exposition d'art français et impressionniste à Strasbourg en 1907. Lucien Blumer avait suggéré au docteur Pierre Bucher, qui dirigeait la Revue alsacienne illustrée, ainsi que son entourage, de récupérer l'exposition impressionniste qui s'était tenu à Bâle. Lucien Blumer avait été envoyé en reportage dans cette ville et couvrait l'évènement. Les musées de Strasbourg ainsi que ceux de Mulhouse allaient acquérir une série d'œuvres d'art de cette exposition. C'est à cette occasion que la monumentale sculpture de Rodin sera acquise par les musées. Elle trône toujours aujourd'hui en bonne place dans le Musée d'art Moderne et Contemporain de Strasbourg.
Lucien Blumer achevait sa formation par les voyages qu'il effectuait à Bruges, à Florence, autres sanctuaires artistiques européens. Il y puisait, tout comme son maître Seebach, l'inspiration ultime avant de démarrer sa carrière.
Blumer n'avait jamais coupé les liens avec les artistes locaux. En 1897, il exposait malgré son absence avec les artistes alsaciens à l'hôtel de ville de Strasbourg. Il ne ratait pas cette toute première occasion que les artistes locaux avaient initiée. Ces derniers ont cherchés depuis des années de s'affranchir des expositions itinérantes qui provenaient de Berlin ou de Munich, ainsi que de la Société des amis des arts de Strasbourg, qui présentait avant tout des artistes parisiens. Les artistes alsaciens se trouvaient bien souvent relégués en arrière-plan de ces évènements.
Place Kléber à Strasbourg. Lithographie. GALERIE KIWIOR
Place Kléber à Strasbourg. Lithographie. GALERIE KIWIOR
Blumer allait envoyer l'essentiel de sa production aux cimaises de la Maison d'art alsacienne qui avait été créé en 1905, et dont il était membre fondateur et sociétaire. Mais Blumer envoyait aussi régulièrement des œuvres à Berlin, Karlsruhe, Stuttgart, Cologne,… Effectivement, il ne dédaignait pas la clientèle allemande, bien plus avisé et plus encline à l'acquisition d'œuvres d'art issues de la région. Lors de l'inauguration de l'exposition de l'art français au palais Rohan en 1907, Lucien Blumer manifestait son mécontentement dans les journaux pour le peu de place qui avait été laissée aux peintres alsaciens. Il signalait l'excellente exposition du Verband der Länder am Rhein, (association des artistes rhénans), dont la Maison d'art alsacienne s'était associé dès 1905. Il démontrait que les artistes alsaciens étaient libres de vendre leur art où ils le voulaient et que le marché allemand était plus favorable aux artistes locaux. Lucien Blumer faisait ici preuve d'un certain militantisme pour les artistes alsaciens, et cet état de fait fut également souligné par Charles Spindler dans ses mémoires.

Lucien Blumer hyperbole le paysage alsacien, il le rêve, il l'idéalise !


Place de la Mairie à Barr. Huile sur toile 82x100cm. Datée 1922. Collection particulière. GALERIE KIWIOR
Place de la Mairie à Barr. Huile sur toile 82x100cm. Datée 1922. Collection particulière. GALERIE KIWIOR
Dès le début, Lucien Blumer se spécialisa dans le paysage urbain et rural. Certes, on rencontre dans son œuvre des portraits, mais bien souvent, ils représentent des amis, des camarades, sa famille. Lucien Blumer avait réalisé de nombreux paysages de la campagne d'Alsace : Gertwiller, Barr, Sainte-Odile, Wissembourg, … Gertwiller est un autre point d'attache de son œuvre. Il y possédait une seconde résidence familiale et se rendait sur place avec son épouse et sa mère. Epicurien, il y cultivait sa vigne et avait son propre cru. Aux dires de ses contemporains, il était fameux. Il peindra inlassablement les ruelles, les maisons alsaciennes, ainsi que les alentours. Il réalisait aussi très souvent la place de l'Hôtel de Ville de Barr. Lucien Blumer produit à Gertwiller une peinture estivale. Il offrait à ce village du vignoble une vision idéalisée. Blumer allait ainsi colorer son pays bien au-delà du réalisme. Les affiches qu'il réalise pour les chemins de fer d'Alsace en témoignent.
Lucien Blumer nous transporte et nous émeut. Mais ne perçoit-il pas non plus une subtile réalité du paysage alsacien. Ce pays au toit parfois gris connaît bien souvent des lueurs d'orient. Les couchés de soleil sur Strasbourg sont saisissants de beauté, lorsqu'ils sont noyés dans les nuages roses écarlates, qui nappent le ciel de la ville. Lucien Blumer hyperbole le paysage alsacien, il le rêve, il l'idéalise.
La Maison Mugg à Strasbourg. Destruction : la percée. Huile sur toile 60x73cm. 1932. Tableau reproduit dans la Vie en Alsace de 1932. Collection particulière. GALERIE KIWIOR
La Maison Mugg à Strasbourg. Destruction : la percée. Huile sur toile 60x73cm. 1932. Tableau reproduit dans la Vie en Alsace de 1932. Collection particulière. GALERIE KIWIOR
Néanmoins, le vieux Strasbourg et les vues splendides depuis le 11 quai des bateliers étaient les sujets de prédilections de Lucien Blumer. Depuis les fenêtres de son immeuble, il avait une vue admirable de la noble Cathédrale de Strasbourg. Il la peindra sans relâche, aux différents étages de son habitation, dans les différents moments du jour. Il posait son chevalet dans la ville à la recherche de nouveaux angles pour la peindre. Il imitait en rien l'œuvre de Claude Monet en ce qui concerne la Cathédrale de Rouen, car ce dernier cherchait bien plus le travail de la lumière. Lucien Blumer magnifiait le chef-d'œuvre architectural de la ville de Strasbourg. Il parcourait les ruelles, les places, les quais pour fixer une ville qui se transformait inexorablement dans la folie urbanistique de son époque.

Lucien Blumer était un impressionniste nostalgique



En effet, durant le siège de la ville, d’août et septembre 1870, le bombardement avait déjà sérieusement amorcé l'inéluctable changement. La cité défigurée se relevait péniblement de ce drame et se réhabilitait lentement. La nouvelle municipalité et le plan d'urbanisme Conrath, modifiait durablement l'aspect de la vieille ville. Le centre-ville était désenclavé, et on aménageait des grands boulevards. On chassait l'insalubrité dans les vieux quartiers, on éclairait la ville par le gaz. L'électricité entrait dans les foyers et l'eau courante était un bienfait de la société moderne. Mais tout ce gain se fit par le sacrifice du vieux Strasbourg.
Lucien Blumer était un impressionniste nostalgique. Il voulait interpeller ses contemporains sur le drame silencieux qui avait court. Blumer était également un photographe de qualité, et il mettait son talent au service de sa ville et de son histoire. Il proposait à la Maison d'art alsacienne de publier des séries de cartes postales du vieux Strasbourg de 1909 à 1913. Il avait également rencontré le vieux photographe, Charles Winter (1821-1904), qui avait réalisé les premières photographies de Strasbourg dans les années 1850 à 1870. Ainsi, il publiait ces anciennes vues. Il espérait ainsi réveiller les consciences.
Lucien Blumer parcourait aussi l'Alsace avec son appareil photographique, à la recherche du beau paysage, de la belle lucarne, et du beau panorama. Il s'investissait dans la Revue alsacienne illustrée, et plus tard dans la revue La vie en Alsace. Il devenait le photographe-reporter du pays.
Ruelle en Alsace (Gertwiller ?). Huile sur toile 65x54cm. Datée 1922. GALERIE KIWIOR
Ruelle en Alsace (Gertwiller ?). Huile sur toile 65x54cm. Datée 1922. GALERIE KIWIOR
A côté de son art, il cultivait un certain goût pour l'action culturelle. Il était de toutes les sociétés d'art strasbourgeoises : le groupe de Saint-Nicolas du peintre Emile Schneider, du groupe de la Revue alsacienne illustrée tenu par le docteur Bucher, du cercle du Kunschthaafe d'Auguste Michel à Schiltigheim, du groupe de Saint-Léonard à Boersch animé par Charles Spindler, et enfin de la Maison d'art alsacienne qui avait été créé par Gustave Stoskopf.
Durant la première guerre mondiale, Lucien Blumer échappait un temps à la mobilisation du fait de son âge. Mais en 1917, il est incorporé dans une compagnie qui travaille dans une usine d'aviation à Hanovre. Auparavant, Lucien Blumer était souvent dépêché pour réaliser des photographies de guerre.
En 1919, patenté par les nouvelles autorités françaises en place, il prenait la direction de la société des artistes indépendants d'Alsace (AIDA), digne successeur de la Maison d'art alsacienne installée rue brûlée à Strasbourg. Il organisait régulièrement le bal des artistes, ou il aimait se costumer en paysan alsacien, en Capitaine Fracasse. Il organisait aussi les divers manifestations artistiques qui ont lieues à Strasbourg et ailleurs, notamment l'exposition internationale des arts décoratifs qui se tenait à Paris et où la région disposait d'un pavillon. Il organisait les expositions du Commissariat Général en Alsace avec la participation de la Franche-Comté et de la Lorraine au Palais du Rhin, en 1922/1923 et en 1924/1925 sous l'appellation " Artistes de l'Est de la France ".
Lucien Blumer se faisait rapidement remarquer pour ses tableaux de la ville de Strasbourg où fleurissaient les drapeaux à chaque balcon et diverses fenêtres. Son premier 14 juillet était immortalisé sur toile, et l'œuvre était acquise par le Musée de l'armée à Paris. Il y a bien là un clin d'œil à la célèbre toile de Claude Monet de tous ces drapeaux tricolores de la rue Saint-Denis peint en 1878 ! Ainsi, Lucien Blumer manifestait sa filiation avec la peinture française. Il était de bon ton, juste après l'armistice de montrer sa francophilie.
Le Moulin de la Walck, Wissembourg-Altenstadt. Huile sur toile 73x94cm. Datée 1928. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
Le Moulin de la Walck, Wissembourg-Altenstadt. Huile sur toile 73x94cm. Datée 1928. Collection particulière. Provenance : GALERIE KIWIOR
Mais son activité ne se résumait pas seulement à des tâches administratives. Lucien Blumer luttait quotidiennement à la reconnaissance de l'art alsacien. En 1929, Lucien Blumer signait une tribune dans un journal alsacien, et proposait la décentralisation de l'art français. Car, il avait bien saisi l'attrait irrésistible de Paris sur les artistes provinciaux. Lucien Blumer était visionnaire et souhaitait également prendre appui sur les initiatives qui avaient eu lieu à Strasbourg. Il citait l'exposition coloniale de 1924, ou les foires-expositions qui avaient eu lieu au Wacken (faubourg de Strasbourg) depuis 1926. Avec le soutien de Jacques Peirotes, il tentait d'organiser une grande foire d'art à Strasbourg et proposait " la possibilité d'étendre notre rayon d'action à l'extérieur, et d'inviter des groupements d'artistes du dehors à venir exposer leurs œuvres en Alsace et réciproquement, de chercher à montrer dans ces pays la vitalité de l'art alsacien ". N'a-t-il pas anticipé la création de St'art qui a ouvert ses portes en 1995 avec cette même ouverture d'esprit. Pourtant le projet n'était pas adopté. Cette année 1929, une coalition de circonstance du communiste Charles Hueber soutenue par les autonomistes renversait Jacques Peirotes et enterrait définitivement ce projet. La crise des années trente empêchait la réalisation de cet ambitieux projet. En 1939, Lucien Blumer cédait la place de président de l'AIDA à Gustave Stoskopf qui tente de sauver, avec succès l'AIDA fortement endetté et malmené depuis le début de la décennie.
A côté de son activité culturelle, il envoyait depuis 1922 ses œuvres au salon d'automne à Paris. Après 1919, son art évoluait considérablement, et sa nouvelle manière de peindre tranchait brutalement avec son style antérieur. Il quittait l'impressionnisme et abordait le post-impressionnisme en vogue, avec une certaine facilité. Il est probable que le retour de l'Alsace à la France avait précipité cette nouvelle orientation picturale. L'image de son maître Lothar Von Seebach, collait sans doute trop à la peau de Blumer. Seebach avait dû quitter un temps Strasbourg, car il ne faisait pas bon vivre dans la ville, en tant qu'allemand. Lothar Von Seebach ne revint à Strasbourg qu'en 1923 et ce dernier dut constater la déchéance de son art auprès des strasbourgeois qui avaient tournés leurs vestes à son égard, lui qui avait été célébré en grande pompe, en 1913, par les strasbourgeois. Lucien Blumer ne cachait pas sa vénération pour son maître et tentait par tous les moyens de faire réintégrer Seebach à Strasbourg.
Comme évoqué ci-dessus, l'armistice marque un tournant dans la peinture de Lucien Blumer. Il s'inspirait des post-impressionnistes et des peintres de l'Ecole de Montparnasse. Il brossait ses toiles avec plus d'empâtement. Il marquait plus durement les contours et soulignait davantage ses sujets. Sa palette se voulait encore plus vive, plus fauve. Il intégrait parfaitement que l'impressionnisme avait évolué. La révolution picturale continuait et Blumer embrassait la mode. Lucien Blumer partait voyager en France et rejoignait le berceau post-impressionnisme en Provence à la recherche de la lumière. Il séjournait à Saint-Raphaël en 1923, à Golfe-Juan en 1932, etc…
On sentait chez Blumer, une réelle motivation à se renouveler. Il se rapprochait également parfois d'Albert Marquet avec une peinture plus diluée, une interprétation synthétique du paysage. Ceci illustre que Lucien Blumer recherche une nouvelle voie artistique dans l’entre-deux guerres. Beaucoup de ses contemporains jugeront durement l'évolution artistique de Blumer. Marc Lenossos, critique d'art, tenait ces propos au sujet de l'artiste : chaque fois qu'il abordait un genre nouveau, ce n'était point sans quelques défaillances. Actuellement encore je me réjouis quand, chez lui, j'en constate une : elle est le signe précurseur d'un progrès qui se manifestera dans une prochaine toile
Lucien Blumer n'était pas homme à s'embourber dans une peinture facile, le filon pour ainsi dire. Bien des artistes se sont perdus et ont sombrés dans la médiocrité. Nous pensons notamment à Maurice de Vlaminck, Pierre-auguste Renoir ou encore Utrillo. Parfois, seule l'adversité, l'échec permet de hisser certains talents vers les sommets. Lenossos fait à ce sujet une remarque tout à fait pertinente sur Blumer et pointe du doigt le difficile chemin de la créativité : ne nous étonnons donc point de la variété de facture qui caractérise sa production, ne nous étonnons point de le voir revenir de temps en temps en arrière et reprendre, en l'enrichissant d'un acquis nouveau, une technique qu'il avait abandonnée quelques années auparavant, ne nous étonnons point de le voir s'attaquer successivement aux fleurs, aux portraits, aux intérieurs, aux paysages suivant l'inspiration du moment où la préoccupation de son esprit
Durant les années trente, Lucien Blumer avait poursuivit sa quête dans l’art en continuant son labeur autour de ses sujets de prédilections. Mais la seconde guerre mondiale marque un arrêt dans sa peinture et sa carrière, l’époque n’était plus favorable à la création artistique.
En 1946, la Maison d'art alsacienne organisait une dernière exposition quasi rétrospective de l'artiste, qui se composait de 111 oeuvres. L'artiste était diminué, et arrivait à l'exposition, cloué sur une chaise roulante. Le public strasbourgeois saluait, avec émotion, une dernière fois l'un de ses plus illustres peintres impressionnistes, et cette exposition retraçait une vie de labeur.
Lucien Blumer s'éteint en juillet 1947. Avec son départ, toute une époque disparaît à jamais. Seules les nombreuses œuvres qui sont disséminées dans les collections et à travers le monde nous permettent de contempler le Strasbourg si cher à l'artiste.
Lucien BLUMER fut un véritable maître de la peinture !

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