Paul Weiss devant trois de ses tableaux. Fond Kiwior (c)

Paul Weiss devant trois de ses tableaux. Fond Kiwior (c)

PAUL WEISS (Strasbourg 1896 – Bischwiller 1961)

par Sophie-Elisabeth S.

Paul Weiss nait à Strasbourg le 11 mars 1896.
En 1902 ses parents s’installent à Bischwiller où son père travaille comme serrurier à la Société de filature et tissage de jute.

Avant d’être un artiste il faut être artisan



"Nature morte aux pommes et raisins". Huile sur carton. 25x28cm. SbD. Collection particulière
"Nature morte aux pommes et raisins". Huile sur carton. 25x28cm. SbD. Collection particulière
Il fréquente l’école primaire jusqu’en 1910 et dès son enfance aime dessiner. A 14 ans il est engagé comme apprenti dessinateur – retoucheur à l’imprimerie MANIAS à Strasbourg où il est aussi chargé de veiller à l’exactitude des reproductions des tableaux des musées de la ville. C’est ainsi qu’en retouchant ou repeignant certains documents il se prépare à son métier de peintre et son temps libre est consacré à cette passion. « Avant d’être un artiste il faut être artisan » disait – il.
La guerre 1914-18 marque un arrêt dans son parcours. Il avait obtenu une bourse pour suivre les cours de l’Académie des Beaux- Arts de Munich mais il est mobilisé dans l’armée allemande et ne reviendra qu’à la fin de la guerre dans une Alsace redevenue française.
Il expose ses premiers dessins et aquarelles faits pendant la guerre ou après son retour dans la vitrine de la librairie Bertrand à Bischwiller. C’est là que se noue l’amitié avec un autre peintre de Bischwiller, Philippe Steinmetz.

Petit paysan de Bischwiller mal dégrossi par Strasbourg



C’est aussi à ce moment que Paul Weiss obtient une bourse d’études pour suivre une formation artistique à Paris grâce à l’appui de Gustave Stoskopf président de la commission départementale des bourses. Ces 2 années d’études intensives vont être déterminantes pour ce « petit paysan de Bischwiller mal dégrossi par Strasbourg » comme il le dit lui – même.
Il fut élève à l’Académie Julian et suivit les cours de Henri Royer et Paul Dechenaud et fut aux Beaux Arts l’élève de Louis Roger.

"Au soleil" Huile sur toile. SbD et datée 1929. Collection particulière.
"Au soleil" Huile sur toile. SbD et datée 1929. Collection particulière.
Philippe Steinmetz le rejoint et les deux amis fréquentent les musées. Le Louvre est une révélation avec l’école hollandaise et surtout Rembrandt maitre du clair – obscur. Mais c’est surtout un petit musée (disparu aujourd’hui) installé par la ville de Paris dans le jardin du Luxembourg présentant les « écoles modernes » qui retiendra leur attention. Monet, Manet, Sisley, Renoir, l’étude de la lumière, le contact avec la nature voilà ce qui va désormais orienter la recherche picturale de Paul Weiss.
"Eglise protestante depuis la rue profonde de Bischwiller" Huile sur panneau 61x49cm. SbD et datée 1943. Collection particulière.
"Eglise protestante depuis la rue profonde de Bischwiller" Huile sur panneau 61x49cm. SbD et datée 1943. Collection particulière.
De retour à Bischwiller Paul Weiss épouse Marguerite Fischer originaire de Hanhoffen. Ils eurent deux fils Paul et Robert. Le couple s’installe à Bischwiller et tient (jusqu’en 1952) le café – restaurant de la « Couronne » qui fait partie de la « Brasserie RINCKENBERGER » famille de brasseurs mais aussi de footballeurs (contexte favorable pour son activité de caricaturiste). Pour gagner sa vie Paul Weiss exerce aussi la fonction de caricaturiste pour le journal «Le sport alsacien», il y dessine aussi des publicités de produits susceptibles d’intéresser les sportifs et fait aussi des affiches. Le peintre Jacques Gachot faisait de même en croquant pour le presse les attitudes des personnages des prétoires du tribunal de Strasbourg.

Paul Weiss continue aussi à peindre à exposer, il est membre des Artistes Français, des Artistes Lorrains, des Artistes Indépendants de Paris. Il expose à Paris (salons des Indépendants, des Artistes Français, salon du Figaro) mais aussi à Nancy (salon des Artistes lorrains, Galerie Thiébault).

"Vue générale de Bischwiller". Huile sur panneau 50x61cm. SbG et datée 1944. Collection particulière
"Vue générale de Bischwiller". Huile sur panneau 50x61cm. SbG et datée 1944. Collection particulière

Une invention qui fait sensation



Au salon du Figaro en 1931 il présente un procédé de son invention la « Weissographie » qui permet d’obtenir une sorte de gravure ayant l’aspect, le grain et la qualité d’une véritable peinture. Il met au point un produit présenté en tube analogue aux couleurs des peintres qui associé à un diluant permet de peindre sur une feuille ou plaque de gélatine, de cette plaque on peut tirer soit un monotype soit plusieurs épreuves si elle est reportée sur une plaque de zinc ou sur pierre. Ce procédé est breveté en 1935 et les Etablissements Lieb et Weiss de Bischwiller sont prêts à commercialiser le matériel. C’est une invention qui fait sensation mais n’a pas eu le succès espéré, Paul Weiss sera le seul à l’utiliser.

"Paysage de neige - Bischwiller" Huile sur panneau 33x41cm. SbD. Collection particulière
"Paysage de neige - Bischwiller" Huile sur panneau 33x41cm. SbD. Collection particulière
En Alsace Paul Weiss est surtout connu comme illustrateur de deux ouvrages : l’un de Claude Odilé « En passant par l’Alsace » avec 26 dessins hors texte, l’autre « Alsace mon beau pays » de René d’Alsace avec 12 bois gravés.
A partir de 1936 il s’oriente davantage vers la peinture à l’huile. Il peint essentiellement sur panneau rigide en contreplaqué avec fond blanc ou gris clair, sur papier, plus rarement sur toile.
Cette année- là, il expose à la Maison d’art alsacienne rue brûlée comme la salle était grande et qu’il ne disposait pas de suffisamment de tableaux il demandera à Philippe Steinmetz d’exposer avec lui
A partir de cette date il participe régulièrement à des expositions individuelles ou collectives avec le groupe des Bas-Rhinois .
La seconde guerre mondiale est une nouvelle parenthèse, l’Alsace est rattachée au Reich allemand, de peur des bombardements, Paul Weiss met ses tableaux à l’abri à Nancy. Il créé avec un ami une maison d’édition de cartes postales (éditions artistiques Alsacolor de Bischwiller), il dessinera ou peindra les modèles (folklore, costumes, fêtes, fleurs) son but « avoir un revenu correct de manière à ce que Gretel (Marguerite sa femme) quitte enfin le bistrot »
Il participe aussi à des expositions organisées par les autorités allemandes (Strasbourg, Karlsruhe) et à un voyage conçu pour montrer aux artistes alsaciens les musées allemands (Munich, Nurnberg, Berlin).
Mais il ne se sent pas en phase avec le courant du réalisme national – socialiste .

"Deux femmes nues dans un intérieur" Huile sur panneau. ShD et datée 1943. (Tableau resté chez Paul Weiss jusqu'à la fin de sa vie)Collection particulière.
"Deux femmes nues dans un intérieur" Huile sur panneau. ShD et datée 1943. (Tableau resté chez Paul Weiss jusqu'à la fin de sa vie)Collection particulière.
En mars 1942 il reçoit de son ami Lucien Binaepfel une proposition de poste de professeur à l’école des Beaux – Arts de Mulhouse dont celui-ci est directeur. Il accepte espérant avoir un peu plus de temps libre pour peindre et vendre des tableaux mais Binaepfel démissionne à la suite de différents avec la municipalité de Mulhouse (gestion, conception de l’enseignement artistique) et en août 1942 Paul Weiss dit « je suis à nouveau assis seul dans ce triste bistrot et attends des clients »
Après la guerre les expositions reprennent, le talent de Paul Weiss est de plus en plus reconnu, ses tableaux appréciés, 1946 , 1947 avec les artistes Bas – Rhinois et chaque printemps de 1952 à 1961 à la Maison d’art alsacienne .
Pendant les années 1950 un groupe d’amis artistes se retrouvaient souvent les weekends à Neuwiller – les – Saverne : Paul Weiss, Philippe Steinmetz (et parfois son beau – père le marqueteur et ébéniste Henri Baumer) , Albert Thomas peintre de Saverne, Ernest Werlé, M et Mme Bresse de Paris, rejoints parfois par Jacques Gachot ou Georges Daniel Krebs.
Parfois ce petit groupe était attiré par le Ried (Offendorf, Herrlisheim, Drusenheim, Dalhunden, Roeschwoog, Sessenheim). Parfois ce sont les collines sous – vosgiennes de La Petite Pierre jusqu’à Thann (villages, maisons à colombages, vignes) qui sont de nouvelles sources d’inspiration.

Paul Weiss s’affirme de plus en plus et en 1957 une médaille d’or lui est attribuée par la Société « Arts, Sciences, Lettres » de Paris. Comblé par la réussite il participa aux activités de l’A.I.D.A.(Artistes Indépendants d’Alsace) et de l’Académie d’Alsace.
Le 5 décembre il meurt terrassé par une crise cardiaque.

"Vue depuis le jardin de l'artiste à Hanhoffen" Huile sur panneau 50x61cm. SbD. Collection particulière
"Vue depuis le jardin de l'artiste à Hanhoffen" Huile sur panneau 50x61cm. SbD. Collection particulière

Paul Weiss suit son intuition, son humeur du moment



Partant d’un certain classicisme académique Paul Weiss évolue sous l’influence de la peinture de Carrière mais en introduisant des nuances d’expressionisme et d’impressionnisme. Finalement que ce soient des portraits, des paysages, des natures mortes peu lui importe, Paul Weiss suit son intuition, son humeur du moment et les traduit dans sa peinture. Il veut cependant rendre l’essentiel et le montrer dans sa réalité.
L’intellect le laisse indifférent autant que la sensiblerie, ce qui, pour lui, est important c’est le côté poétique du sujet (surtout pour le paysage) et non la représentation objective. Un peintre amateur un jour lui a soumis une peinture représentant une église « votre église est bien, mais je n’entends pas sonner les cloches » lui dit-il.
"Portrait de Philippe Steinmetz" Huile sur panneau 46,5x36,5cm. SbD et datée 1936. Collection particulière.
"Portrait de Philippe Steinmetz" Huile sur panneau 46,5x36,5cm. SbD et datée 1936. Collection particulière.
"Portrait de son épouse endormie" Huile sur panneau 25x29cm. SbG. Collection particulière.
"Portrait de son épouse endormie" Huile sur panneau 25x29cm. SbG. Collection particulière.

Il a réalisé de nombreux portraits empreints de sensibilité, de réalisme de vérité : « le portrait dit–il doit refléter le caractère profond du modèle » : portrait du sculpteur Hetzel (qui a réalisé un buste de P.W.), de Mme Weiss, de leurs enfants, de Camille Schneider, du juge Doll, de J.P. Quint, de Philippe Steinmetz, de l’écrivain André Maurois (originaire de Bischwiller), du poète Claude Vigée (originaire de Bischwiller), de Gustave Stoskopf, la femme de 40 ans, la cartomancienne, portraits d’enfants.

Mais ce qui marque surtout son œuvre ce sont ses paysages, sa communion avec son environnement, « son » Ried, Bischwiller, Hanhoffen. Ce sont des paysages subtils, nuancés, frémissants, proches de la nature où se succèdent les féeries de toutes les saisons. Sa touche est légère rendant l’atmosphère lumineuse, aérienne, sa palette souvent réduite avec cependant toute une gamme de verts, de jaunes, d’ocres, de bruns ,de blancs, de gris au gré des saisons. La lumière s’adoucit, s’obscurcit ou éclate sous le soleil. L’étang qui sommeille, « les roseaux qui jaillissent des marais et les saules content des histoires au vent ». Ces paysages il les a parcourus enfant, par la suite c’est à bicyclette puis à vélomoteur qu’il s’est rendu sur le motif. Dans les années 30/40 ses peintures sont encore très impressionnistes puis par la suite elles deviennent plus vigoureuses, plus nerveuses.



"Bouquet" Huile sur panneau 55x45cm. SbD. Collection particulière
"Bouquet" Huile sur panneau 55x45cm. SbD. Collection particulière
Il fit également de nombreux bouquets : bégonias, chrysanthèmes ,glaïeuls ,muguets(dans un vase Elchinger)
Il peignit également des nus : les trois Grâces, un nu allongé de style cubiste.
Il s’essaya aussi au pointillisme : les Baigneuses et même à l’abstraction.
« Paul Weiss est un Alsacien admirablement équilibré, très artiste et très savoureux il est l’auteur d’une immense symphonie au leitmotiv émouvant. Il restera le peintre du Ried : un Corot de l’Alsace » Claude Odilé cité par Henri Solvenn dans un article du Nouveau Rhin français (8.12.1955)
Qu’il soit qualifié de « Corot , de Poète ou de Peintre » du Ried il parait évident que Paul Weiss est surtout et exclusivement lui – même.




Bibliographie :
Hommage à Paul Weiss
Association des amis du musée de la Laub Bischwiller 1981
Paul Weiss un poète du Ried
Claude Odilé éditions Sutter 1955
La Weissographie
Etablissements Lieb et Weiss Haguenau
ABC article de J.P. Quint octobre 1935 n° 130
Paul Weiss caricaturiste du sport
Pierre Perny Annuaire de la société d’histoire et d’archéologie du Ried du nord 2011
Du bec à l’oreille
Claude Vigée éditions de la Nuée bleue 1977
Un panier de houblon
Claude Vigée J.C. Lattes 1995
Revue Alsace et Moselle Magazine Ringier n° 28 juillet 1952

Saisons d’Alsace n° 3 n° spécial 1950 p. 273 50 années de peinture en Alsace
Les peintres et l’Alsace autour de l’impressionnisme
Hélène Brauner éditions Renaissance du Livre 2003.

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