Charles Albert Schultz dit « Albert Schultz »

Strasbourg, 15 avril 1871 - 6 décembre 1953, Strasbourg

« Buste de jeune alsacienne »

Plâtre patiné

Alsacien(ne)

H : 36cm - L : 30cm - P : 16cm

Signature en bas à droite

Albert SCHULTZ Buste de jeune alsacienne - Plâtre patiné H : 36cm - L : 30cm - P : 16cm. Charles Albert Schultz
Albert SCHULTZ "Buste de jeune alsacienne" - Plâtre patiné H : 36cm - L : 30cm - P : 16cm
Albert SCHULTZ Buste de jeune alsacienne - Plâtre patiné H : 36cm - L : 30cm - P : 16cm. Charles Albert Schultz
Albert SCHULTZ "Buste de jeune alsacienne" - Plâtre patiné H : 36cm - L : 30cm - P : 16cm
Albert SCHULTZ Buste de jeune alsacienne - Plâtre patiné H : 36cm - L : 30cm - P : 16cm (signature). Charles Albert Schultz
Albert SCHULTZ "Buste de jeune alsacienne" - Plâtre patiné H : 36cm - L : 30cm - P : 16cm (signature)

Ce très beau buste de jeune Alsacienne d’Albert Schultz appartient pleinement à ce courant de sculpture régionaliste qui, autour de 1900, participe en Alsace à la redécouverte des costumes, des traditions et des types populaires, sans pour autant renoncer aux ambitions de la sculpture moderne. Schultz en fut l’un des représentants les plus sensibles. Formé à l’École des arts décoratifs de Strasbourg puis à Munich, où il poursuit ses études jusqu’en 1895, il développe très tôt un langage personnel dans lequel l’observation naturaliste s’allie à une recherche d’élégance et de simplicité formelle.

La jeune femme est représentée en buste, légèrement tournée, le visage presque frontal. Toute la composition est dominée par la spectaculaire coiffe alsacienne à grand nœud, dont les deux ailes se déploient de part et d’autre de la tête. Schultz ne traite pourtant pas cet élément emblématique comme un simple accessoire folklorique. Par son ampleur, la coiffe devient une véritable architecture sculpturale : ses vastes pans dessinent autour du visage une silhouette presque triangulaire et confèrent à l’ensemble une remarquable monumentalité malgré les dimensions relativement contenues de l’œuvre.

Le contraste entre cette ampleur et la délicatesse du visage constitue l’une des grandes réussites du modèle. Le front dégagé, les yeux attentifs, le nez fin et la bouche esquissant à peine un sourire composent une physionomie empreinte de douceur et de retenue. Schultz évite soigneusement l’expression pittoresque ou caricaturale. Il individualise son modèle suffisamment pour lui conserver la présence d’un véritable portrait, tout en l’élevant au rang de figure emblématique de la jeune Alsacienne.

La coiffure elle-même est observée avec une attention particulière. Sous le grand nœud apparaissent les cheveux séparés par une raie centrale et ramenés avec ordre de part et d’autre du visage. Une bordure finement travaillée souligne la naissance de la coiffe. Ces détails, discrets mais précis, témoignent de cette attention portée au costume traditionnel que l’on retrouve dans plusieurs créations de Schultz.

Le traitement du vêtement répond à la même volonté d’équilibre. Le buste est enveloppé dans une étoffe croisée sur la poitrine, dont les plis obliques structurent la partie inférieure de la sculpture. Aux extrémités apparaissent quelques indications de texture, volontairement sommaires, presque incisées dans la matière. Schultz oppose ainsi la précision du visage à une simplification progressive du vêtement : plus le regard s’éloigne de la physionomie, plus la forme tend vers l’épure.

Cette économie de moyens donne au modèle une étonnante modernité. Les larges surfaces de la coiffe ne sont que faiblement détaillées ; Schultz préfère en faire jouer les plans, les cassures et les ondulations. La lumière glisse sur ces surfaces avant de venir modeler beaucoup plus subtilement les joues et les arcades du visage. Le plâtre patiné, avec sa tonalité claire et mate, se prête particulièrement bien à cette recherche : il révèle le modelé sans le durcir et conserve quelque chose de l’immédiateté du travail d’atelier.

L’œuvre doit naturellement être rapprochée de la création la plus célèbre d’Albert Schultz, sa Gänseliesel, ou « Alsacienne à l’oie ». Commandée par la Ville en 1898, réalisée à la fin du XIXᵉ siècle puis installée au parc de l’Orangerie, où elle se trouve depuis 1900, cette figure d’une jeune villageoise alsacienne coiffée du grand nœud est devenue l’une des sculptures les plus familières du paysage strasbourgeois. Le groupe en bronze de 1899 figure aujourd’hui parmi les éléments protégés du parc de l’Orangerie.

Le rapprochement est d’autant plus pertinent que l’on connaît dans l’œuvre de Schultz différentes déclinaisons de la figure de l’Alsacienne, y compris des représentations limitées à la tête et à la coiffe. Le présent buste doit toutefois être apprécié comme une œuvre à part entière : débarrassée de toute narration, de tout attribut et de tout décor, la figure féminine acquiert ici une présence silencieuse et presque intemporelle.

Cette sobriété distingue précisément Schultz d’une production régionaliste purement anecdotique. Le costume est certes identifiable au premier regard, mais il devient avant tout prétexte à une étude plastique. L’immense nœud construit l’espace autour du visage ; les pans du vêtement organisent le buste par leurs diagonales ; le visage, enfin, concentre toute l’humanité de la composition. Entre la masse presque abstraite de la coiffe et la finesse psychologique des traits s’établit un dialogue particulièrement subtil.

Le monogramme « AS » porté sur l’épaule vient enfin affirmer l’autographie de ce modèle. Dans le contexte de la production de Schultz, ce plâtre présente en outre tout l’intérêt d’un matériau directement lié au travail du sculpteur : loin du caractère définitif du bronze, il conserve une proximité particulière avec le modelage et avec la conception première de la forme.

Par la qualité de son modelé, l’équilibre entre naturalisme et stylisation et surtout par la remarquable présence de son modèle, ce Buste de jeune Alsacienne constitue ainsi un très bel exemple de l’art d’Albert Schultz. Derrière l’image immédiatement reconnaissable de l’Alsacienne en costume traditionnel, le sculpteur dépasse le simple témoignage régional pour proposer un véritable portrait de jeunesse, sensible et digne, où l’identité alsacienne devient matière à une sculpture d’une grande élégance.





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