Auguste Zwiller

Didenheim, 1850 - 1939, Neuilly

« Jeune alsacienne pensive »

Crayon et rehauts de couleur

Alsacien(ne)

23x18cm (à vue)

Signature en bas à gauche

1918

Auguste ZWILLER Jeune alsacienne pensive crayon, 23x18cm - 1918 (détail). Auguste Zwiller
Auguste ZWILLER "Jeune alsacienne pensive" crayon, 23x18cm - 1918 (détail)
Auguste ZWILLER Jeune alsacienne pensive crayon, 23x18cm - 1918 (avec son cadre). Auguste Zwiller
Auguste ZWILLER "Jeune alsacienne pensive" crayon, 23x18cm - 1918 (avec son cadre)

Ce dessin d’Auguste Zwiller, exécuté au crayon avec rehauts de couleurs et daté « Mulhouse 1918 », s’impose comme un témoignage à la fois intime et historique, où l’observation sensible du modèle se double d’une lecture profondément marquée par les événements tragiques de la fin de la Première Guerre mondiale.

La figure féminine, une Alsacienne assise sur une chaise traditionnelle, est représentée de profil, le buste légèrement penché vers l’avant, les mains jointes dans un geste de retenue presque méditatif. Cette posture fermée, intériorisée, traduit une tension silencieuse : le corps, contenu et immobile, devient le réceptacle d’une inquiétude sourde. Le visage, à demi plongé dans l’ombre, est modelé avec une grande économie de moyens ; Zwiller privilégie une ligne douce, presque effacée, qui renforce le sentiment de recueillement et de gravité.

Le traitement graphique mérite une attention particulière. Le crayon, nerveux mais maîtrisé, structure les volumes essentiels, tandis que les rehauts colorés, appliqués avec parcimonie, confèrent à la figure une présence charnelle et symbolique. Les tonalités jaunies de la peau, le blanc sourd du corsage et le violet sombre du fichu composent une gamme volontairement restreinte, presque terreuse, en harmonie avec le fond brun. Cette palette assourdie évoque une atmosphère étouffée, où la lumière semble filtrée par l’angoisse même du moment historique.

L’inscription autographe de l’artiste — « L’Alsace anxieuse pendant la dernière grande offensive de Ludendorff » — confère à l’œuvre une portée explicitement documentaire et politique. Zwiller ne se contente pas d’un portrait régional : il érige cette figure féminine en allégorie de l’Alsace, province meurtrie, ballottée entre deux nations, suspendue dans l’incertitude de l’année 1918. La référence directe à Erich Ludendorff ancre le dessin dans un moment précis : celui des ultimes offensives allemandes, vécues en Alsace comme une période de tension extrême, de peur diffuse et d’attente anxieuse de l’issue du conflit.

La chaise alsacienne, élément de mobilier humble et familier, participe pleinement à cette lecture symbolique. Elle rattache la figure à l’espace domestique, à la sphère du quotidien, soulignant combien la guerre s’immisce jusque dans l’intimité la plus ordinaire. L’Alsacienne n’est ni héroïsée ni dramatisée : elle incarne une angoisse silencieuse, digne et contenue, qui confère à l’œuvre une force émotionnelle d’autant plus poignante qu’elle demeure dépourvue de tout pathos excessif.

Ainsi, ce dessin se situe à la croisée du témoignage historique, du portrait régional et de la figuration symbolique. Par sa sobriété formelle et la justesse psychologique de son observation, Auguste Zwiller livre ici une œuvre profondément humaine, où l’Alsace de 1918 apparaît non comme un champ de bataille, mais comme une conscience inquiète, incarnée dans le corps et le silence d’une femme assise.









Information(s) supplémentaire(s) : Bon état de conservation. Cadre ancien en bois. Format avec son cadre : 42x34,5cm. Verre anti-UV70. Inscrit dessous "L'Alsace anxieuse pendant la dernière grande offensive de Ludendorff. Mulhouse 1918. A. Zwiller."

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