« Aune alsacienne du XVIIIe siècle »Bois Longueur : 54cm 1762
Aune alsacienne XVIIIe siècle "Christina Lienhartin Anno 1762" bois de prunier, longueur 54cm
Aune alsacienne XVIIIe siècle "Christina Lienhartin Anno 1762" bois de prunier, longueur 54cm
Aune alsacienne XVIIIe siècle "Christina Lienhartin Anno 1762" bois de prunier, longueur 54cm
Aune alsacienne XVIIIe siècle "Christina Lienhartin Anno 1762" bois de prunier, longueur 54cm
Aune alsacienne XVIIIe siècle "Christina Lienhartin Anno 1762" bois de prunier, longueur 54cm
Aune alsacienne XVIIIe siècle "Christina Lienhartin Anno 1762" bois de prunier, longueur 54cm
Aune alsacienne XVIIIe siècle "Christina Lienhartin Anno 1762" bois de prunier, longueur 54cm
Cette remarquable aune alsacienne du XVIIIe siècle, datée 1762 et gravée au nom de Christina Lienhartin, constitue un témoignage exceptionnel de l’art populaire alsacien dans ce qu’il offre de plus rare : la rencontre entre objet utilitaire, marqueur identitaire et œuvre de mémoire domestique. Sculptée à la main dans un élégant bois de prunier — essence noble, dense et finement veinée, particulièrement appréciée pour sa chaleur chromatique et sa résistance — cette pièce de 54 cm transcende sa fonction première d’instrument de mesure textile pour s’élever au rang d’objet de représentation sociale et patrimoniale.
L’aune, avant l’unification métrique révolutionnaire, relevait du quotidien économique et artisanal : elle incarnait l’exactitude du commerce, notamment dans les milieux ruraux et bourgeois liés au textile, au linge ou aux étoffes domestiques. Pourtant, dans le contexte alsacien, certains exemplaires comme celui-ci dépassent largement la stricte sphère fonctionnelle. Ici, la gravure nominale — Christina Lienhartin — féminisée selon l’usage germanique régional, associée à la date Anno 1762, inscrit l’objet dans une dimension profondément personnelle, probablement liée à une dot, un mariage, une transmission familiale ou à l’affirmation d’un statut domestique au sein du foyer. Il s’agit moins d’un simple outil que d’un bien individualisé, presque cérémoniel.
L’ornementation sculptée révèle une qualité d’exécution particulièrement raffinée. Le décor, organisé en registres compartimentés, déploie un vocabulaire géométrique et symbolique typique des arts décoratifs vernaculaires rhénans : entrelacs, rosaces solaires, motifs végétalisants stylisés, chevrons, croix protectrices et signes apotropaïques se succèdent avec une remarquable rigueur rythmique. Ces éléments relèvent d’un langage ornemental où la beauté se conjugue à la symbolique protectrice, fréquente dans les objets de la sphère privée alsacienne. L’alternance des panneaux sculptés et des incrustations claires renforce l’élégance linéaire de l’ensemble, conférant à cette aune une sophistication graphique proche de certains bâtons de corporation ou cannes de mariage populaires.
L’inscription, soigneusement incisée, participe pleinement de l’esthétique de l’objet : elle ne se contente pas d’informer, elle monumentalise la possession. La calligraphie gravée devient ici geste mémoriel, presque votif, où l’objet conserve le nom de sa propriétaire comme une archive matérielle de l’intime.
Le ruban ou tissu conservé à l’extrémité — bien qu’usé — ajoute une dimension ethnographique précieuse, rappelant l’usage, la suspension ou l’attachement sentimental de l’objet au sein d’un intérieur traditionnel. Ces survivances textiles renforcent encore la charge historique de la pièce.
Par sa conservation, sa datation explicite, son inscription nominative féminine et la qualité de son décor, cette aune se distingue comme une pièce particulièrement rare sur le marché de l’art populaire alsacien. Elle s’inscrit dans cette tradition où les objets du quotidien deviennent supports d’identité, d’affection et de transmission, rejoignant les plus beaux témoignages du génie artisanal régional.
À la croisée de l’outil, du talisman domestique et de l’œuvre sculptée, cette aune de Christina Lienhartin apparaît ainsi comme un précieux fragment de civilisation alsacienne du XVIIIe siècle : un objet à la fois modeste par destination et profondément noble par son humanité, sa mémoire et son enracinement culturel.
Information(s) supplémentaire(s) : Bon état de conservation.
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