Cornelis van PoelenburghUtrecht, 21 janvier 1594/1595 - 12 août 1667, Utrecht« "La Croix du Christ portée par des putti" - Allégorie de la Rédemption »Huile sur panneau Scène religieuse 36,5x26,5cm Signature Non signé
Cornelis van Poelenburgh "Allégorie de la Rédemption" huile sur panneau, 36,5x26,5cm (avec son cadre)
Cornelis van Poelenburgh "Allégorie de la Rédemption" huile sur panneau, 36,5x26,5cm (avec son cadre) - verso
Cornelis van Poelenburgh "Allégorie de la Rédemption" huile sur panneau, 36,5x26,5cm (avec son cadre) - verso cachet de cire
Cette huile sur panneau, attribuée à Cornelis van Poelenburgh, s’inscrit avec une grande cohérence dans le versant le plus intimiste et spirituel de l’œuvre du maître hollandais, tout en révélant l’empreinte profonde de sa formation et de son long séjour italien.
La scène se déploie dans un espace céleste, suspendu entre ciel et terre. Au cœur d’une nuée d’un gris bleuté, animée de subtiles variations atmosphériques, un groupe de putti ailés évolue avec une grâce aérienne autour d’une grande Croix de bois, clairement identifiable par la présence du titulus INRI.
La Croix, traitée en forte perspective oblique, structure la composition et impose un axe dynamique, accentuant le mouvement ascensionnel. Les putti, aux corps charnus et délicatement modelés, s’y agrippent, la soutiennent ou l’accompagnent dans un ballet céleste d’une grande vivacité. Certains visages émergent partiellement des nuées, selon un procédé hérité de la peinture italienne du Cinquecento, renforçant l’effet de vision mystique.
Dans la partie inférieure, un paysage lointain à peine esquissé — collines et plaines baignées d’une lumière douce — établit une discrète séparation entre le monde terrestre et la sphère divine, accentuant la dimension surnaturelle de la scène.
L’œuvre ne relève pas d’un épisode narratif précis de la Passion, mais d’une allégorie chrétienne de la Croix glorieuse. Dépouillée de toute représentation du Christ souffrant, la Croix devient ici symbole triomphant de la Rédemption, déjà transfigurée et portée dans les cieux par des figures angéliques.
Les putti, héritiers directs de l’Antiquité classique, sont pleinement christianisés : leur présence associe l’innocence, la pureté et la victoire spirituelle. Cette iconographie, particulièrement prisée dans le contexte post-tridentin, invite le spectateur non à la compassion douloureuse, mais à une méditation théologique et contemplative sur le mystère du Salut.
Le traitement des figures — carnations nacrées, contours doux, volumes idéalisés — témoigne d’une esthétique classicisante, nourrie de Raphaël et de la peinture romaine du début du XVIIᵉ siècle. La délicatesse du pinceau, la clarté de la composition et l’équilibre entre mouvement et harmonie renvoient directement au langage pictural de Poelenburgh, plus connu pour ses paysages italianisants et ses scènes mythologiques, mais également auteur de compositions religieuses raffinées, souvent de petit format, destinées à la dévotion privée ou aux cabinets érudits.
Le support en panneau, fréquent dans son œuvre, renforce le caractère précieux et intime de la peinture, tout en suggérant une exécution soignée et réfléchie.
Ce tableau peut être compris comme une vision céleste de la Croix triomphante, où la culture antique et la spiritualité chrétienne se rejoignent dans une synthèse typiquement romanisante. Par son iconographie savante, sa grâce formelle et sa douceur expressive, l’œuvre illustre parfaitement l’art de Cornelis van Poelenburgh, maître d’un classicisme poétique au service d’une spiritualité lumineuse et intériorisée.
Information(s) complémentaire(s) :
Format avec son cadre : 48x38cm
Cachet de cire au dos (voir photographie)
Non signé
Provenance :
- collection privée, Strasbourg
Très bon état de conservation.
|