Frederic Fiebig

Talsen (Lettonie), 1885 - 1953, Sélestat

« Giessen sous la neige »

Huile sur carton

Paysage d'Alsace

17,5x14,5cm

Signature en bas à gauche

vers 1931

Frédéric FIEBIG Giessen sous la neige huile sur carton, 17,5x14,5cm - vers 1931 (détail signature). Frederic Fiebig
Frédéric FIEBIG "Giessen sous la neige" huile sur carton, 17,5x14,5cm - vers 1931 (détail signature)
Frédéric FIEBIG Giessen sous la neige huile sur carton, 17,5x14,5cm - vers 1931 (avec son cadre). Frederic Fiebig
Frédéric FIEBIG "Giessen sous la neige" huile sur carton, 17,5x14,5cm - vers 1931 (avec son cadre)
Littérature :
  • Variante reproduite page 134 (Abb.94) in "Frédéric FIEBIG, sa vie et son oeuvre" par Kyra Kapsreiter-Homeyer, Gyss à Obernai (1992)

Cette remarquable huile sur carton appartient à la période la plus accomplie de Frédéric Fiebig, lorsque l'artiste, retiré dans les paysages vosgiens autour du Taennchel et de sa célèbre Grimmelshütte, développe un langage pictural d'une extraordinaire modernité, où la nature devient le théâtre d'une vision profondément intérieure. Réalisée vers 1931, cette représentation du Giessen sous la neige illustre avec une rare intensité cette synthèse entre observation du paysage et interprétation émotionnelle qui fait aujourd'hui toute la singularité de son œuvre.

Loin de toute description naturaliste, Fiebig restitue ici l'atmosphère silencieuse d'un paysage hivernal baigné d'une lumière presque irréelle. Le cours du Giessen, figé par l'hiver, serpente discrètement au pied d'une imposante forêt de conifères dont les masses verticales occupent l'essentiel de la composition. Quelques modestes constructions, à demi ensevelies sous la neige, rappellent la présence humaine, mais demeurent volontairement secondaires face à la majesté de la nature.

La composition repose sur une construction d'une remarquable simplicité. Les verticales puissantes des sapins rythment l'espace tandis que la rivière enneigée ouvre une respiration lumineuse conduisant naturellement le regard vers le lointain. Cette opposition entre les grandes masses forestières et les vastes plages immaculées crée un équilibre d'une grande force plastique, où le vide possède autant d'importance que les formes elles-mêmes.

Mais c'est surtout le traitement de la matière qui confère à cette œuvre toute sa puissance expressive. La peinture est appliquée au couteau en larges facettes épaisses, presque sculptées, dont les reliefs captent la lumière avec une intensité exceptionnelle. Chaque touche semble taillée dans la couleur plutôt que peinte, transformant la surface du carton en une véritable architecture picturale. Cette matière généreuse, caractéristique du dernier Fiebig, dépasse la simple représentation du paysage pour devenir le sujet même de l'œuvre.

La palette témoigne d'une subtilité remarquable. Aux blancs neigeux viennent répondre de délicates harmonies de gris perle, de bleus très pâles et de violets adoucis, tandis que de larges éclats d'ocre doré, de jaune citron et de rose saumon embrasent les cimes des sapins. Cette gamme chromatique, d'une étonnante modernité, ne cherche nullement à reproduire les couleurs objectives de la nature : elle traduit avant tout les vibrations lumineuses d'un soleil hivernal filtrant à travers la forêt.

Ces accents dorés, qui semblent littéralement illuminer la montagne, évoquent les recherches menées par les expressionnistes allemands que Fiebig côtoya durant ses années berlinoises. Toutefois, chez lui, l'expressionnisme demeure toujours tempéré par une profonde sensibilité lyrique. Là où les artistes du groupe Die Brücke privilégient souvent la violence chromatique, Fiebig choisit la poésie des demi-teintes, faisant naître l'émotion de la délicatesse même des accords colorés.

L'œuvre révèle également la parfaite maîtrise acquise par le peintre dans l'art de la simplification des formes. Les arbres ne sont plus décrits individuellement mais réduits à de vastes plans colorés, presque abstraits, dont les contours fragmentés annoncent certaines recherches de la peinture européenne des années 1930. Cette synthèse plastique confère au paysage une dimension intemporelle, presque méditative.

Le Giessen, rivière emblématique du Val de Villé, occupe une place importante dans l'univers de Fiebig. Il apparaît à plusieurs reprises dans son œuvre, notamment durant les années passées entre le Taennchel et les vallées vosgiennes, où le peintre trouve un refuge propice à sa quête de solitude et de communion avec la nature. Les paysages enneigés comptent parmi les sujets les plus rares et les plus recherchés de cette période, tant ils révèlent la sensibilité exceptionnelle de l'artiste face aux variations atmosphériques.

La présence d'une variante reproduite page 134 (Abb. 94) dans l'ouvrage de référence de Kyra Kapsreiter-Homeyer consacré à l'artiste confirme pleinement l'importance de cette composition dans le corpus de Frédéric Fiebig. Elle témoigne de l'intérêt que le peintre porta à ce motif, qu'il reprit selon différentes interprétations, fidèle à son habitude de revenir sans cesse sur les paysages qui nourrissaient sa réflexion picturale.

Par son format intime, cette huile sur carton possède toute la spontanéité d'une œuvre exécutée sur le motif, au plus près de la nature. Elle restitue avec une sincérité bouleversante l'impression immédiate ressentie par le peintre face au silence d'un paysage hivernal. Rien n'y est anecdotique : chaque touche participe à la construction d'une émotion où la neige, la lumière et la forêt semblent fusionner dans une même respiration.

Rare sur le marché de l'art, cette œuvre constitue un témoignage particulièrement précieux de la maturité de Frédéric Fiebig. Elle réunit toutes les qualités qui font aujourd'hui la renommée du peintre : une matière généreuse et vibrante, une liberté de facture proche de l'abstraction, une palette d'une rare subtilité et cette capacité unique à faire du paysage non plus une simple représentation du réel, mais l'expression profondément personnelle d'une expérience intérieure. À travers cette vision du Giessen sous la neige, Fiebig livre l'une des plus belles synthèses de son art, où la nature vosgienne devient le miroir silencieux de la lumière et de l'âme.



Information(s) supplémentaire(s) : Excellent état. Format avec son cadre : 31x28cm. Verre antiUV70.

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