Frederic Fiebig

Talsen (Lettonie), 1885 - 1953, Sélestat

« Les coquelicots »

Huile sur carton

Fleurs

11,5x8cm (à vue)

Signature en bas à droite

vers 1925

Frédéric FIEBIG Les coquelicots huile sur carton, 11,5x8cm - vers 1925 (détail). Frederic Fiebig
Frédéric FIEBIG "Les coquelicots" huile sur carton, 11,5x8cm - vers 1925 (détail)
Frédéric FIEBIG Les coquelicots huile sur carton, 11,5x8cm - vers 1925 (avec son cadre). Frederic Fiebig
Frédéric FIEBIG "Les coquelicots" huile sur carton, 11,5x8cm - vers 1925 (avec son cadre)
Littérature :
  • Variante reproduite page 70 (pleine page) in "Frédéric FIEBIG, des plaines de Courlande au Ried alsacien" préface de Me Maurice Rheims, Texte de Nadine Lehni, marie-jeanne Geyer et Daniel Walther, éditions Oberlin (1984)
  • Variante reproduite in page 122 in "Frédéric FIEBIG, sa vie et son oeuvre" par Kyra Kapsreiter-Homeyer, Gyss à Obernai (1992)

Cette petite huile sur carton de Frédéric Fiebig condense, dans un format d’une grande intimité, toute la puissance expressive et la liberté picturale qui caractérisent l’artiste dans ses recherches les plus audacieuses. Loin d’une étude naturaliste du motif floral, cette œuvre s’impose comme une véritable exploration de la couleur et de la matière, où le sujet — des coquelicots — devient prétexte à une écriture picturale intensément subjective.

La composition, resserrée et presque abstraite, est structurée par trois masses rouges dominantes qui émergent d’un fond vert profond. Ces fleurs ne sont pas décrites dans leurs détails botaniques, mais suggérées par de larges aplats et des empâtements vigoureux. Les corolles, traitées en rouges éclatants mêlés de nuances rosées et violacées, semblent vibrer à la surface du support, tandis que les cœurs, esquissés par des touches plus sombres et violacées, introduisent une tension chromatique subtile.

Le traitement de la matière est ici fondamental. Fiebig applique la peinture en couches épaisses, parfois presque sculpturales, laissant apparaître les traces du geste et les accidents de surface. Les coups de pinceau, francs et décidés, confèrent à l’ensemble une densité tactile remarquable. Cette matérialité accentuée participe d’une vision où la peinture ne cherche plus à imiter, mais à exister en tant que substance autonome.

Le fond, constitué de verts modulés, est travaillé en larges plans verticaux qui structurent discrètement l’espace. Ces aplats, loin d’être neutres, entrent en résonance avec les rouges des fleurs, créant un contraste vibrant typique des recherches post-impressionnistes et expressionnistes du début du XXᵉ siècle. La simplification des formes et la frontalité de la composition rapprochent l’œuvre d’une esthétique où le motif tend à se dissoudre dans une organisation purement picturale.

Dans cette peinture, Fiebig ne représente pas simplement des coquelicots : il en restitue l’intensité visuelle et émotionnelle. Le motif floral devient un champ d’expérimentation où se déploie une tension entre construction et spontanéité, entre structure et matière. Cette approche, caractéristique de l’artiste, inscrit l’œuvre dans une modernité affirmée, où la nature est transfigurée par le regard et le geste du peintre.

Par sa concentration formelle, sa richesse chromatique et la vigueur de son exécution, cette petite huile apparaît ainsi comme un exemple particulièrement révélateur de l’art de Frédéric Fiebig, capable, même dans un format réduit, de produire une œuvre d’une grande intensité plastique et d’une modernité saisissante.

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