Jean-Jacques Waltz dit « Hansi »Colmar,1873 - 1951, Colmar« Mur païen au Mont Sainte-Odile »Aquarelle Paysage 9x13cm Signature en bas à gauche vers 1906 et 1907
HANSI "Mur des païens au Mont Sainte Odile" aquarelle, 8,5x12,5cm - vers 1906 et 1907 (avec son cadre)
HANSI "Mur des païens au Mont Sainte Odile" aquarelle, 8,5x12,5cm - vers 1906 et 1907 (verso)
Littérature :
- Tout Hansi, par Yannick Scheibling et Roland Muller (La Nuée Bleue, 2009)
Provenance :
- collection privée, Strasbourg
Cette très rare aquarelle constitue un témoignage d'un intérêt patrimonial tout à fait exceptionnel, puisqu'elle correspond au dessin original ayant servi à l'édition de la carte postale intitulée Mur païen, publiée en 1907 par Max Wettig à Colmar, dans la célèbre série consacrée aux paysages du Mont Sainte-Odile. Si ces cartes postales participèrent largement à la diffusion de l'œuvre de Hansi auprès d'un vaste public, les aquarelles préparatoires ayant servi directement à leur réalisation demeurent aujourd'hui d'une grande rareté. Elles permettent d'appréhender avec une immédiateté incomparable la finesse du pinceau de l'artiste, avant toute intervention du procédé d'impression.
Réalisée vers 1906–1907, cette feuille appartient à une période essentielle de la carrière de Hansi, encore profondément attaché à la découverte sensible des paysages alsaciens. Bien avant que sa réputation ne repose sur ses célèbres scènes populaires, ses figures alsaciennes ou ses caricatures patriotiques, l'artiste consacre une part importante de son activité à parcourir les Vosges, carnet en main, afin d'en saisir les atmosphères les plus secrètes. Le Mont Sainte-Odile occupe alors une place privilégiée dans cette quête, tant par son importance historique que par la poésie silencieuse de ses sous-bois.
La composition représente un tronçon du légendaire Mur païen, mystérieuse enceinte mégalithique qui serpente à travers la forêt entourant le plateau du Mont Sainte-Odile. Pourtant, Hansi ne cherche nullement à faire de cette architecture antique le sujet principal de son image. Les blocs de grès apparaissent presque dissimulés derrière le rideau vertical des troncs d'arbres, comme absorbés par la nature environnante. Ce choix révèle toute la subtilité du regard de l'artiste : le monument historique cesse d'être une curiosité archéologique pour devenir un élément vivant du paysage vosgien, intimement fondu dans la forêt.
La composition repose sur une remarquable orchestration verticale. Les puissants troncs rythment l'espace avec une grande rigueur, tandis que le chemin sinueux conduit naturellement le regard vers le Mur païen, dont les pierres claires émergent progressivement entre les futaies. Cette succession de plans, savamment construite, confère à l'ensemble une profondeur discrète, sans jamais rompre l'impression d'intimité qui émane de la scène.
La maîtrise de l'aquarelle apparaît ici dans toute son élégance. Les transparences du médium permettent à Hansi de traduire les vibrations lumineuses filtrant à travers les arbres avec une remarquable économie de moyens. Les verts tendres des mousses répondent aux bleus frais de la profondeur forestière, tandis que les ocres chauds des sentiers et les bruns violacés des troncs instaurent un dialogue chromatique d'une grande délicatesse. L'artiste évite toute surcharge descriptive : quelques réserves de blanc suffisent à suggérer les pierres baignées de lumière, tandis que les lavis superposés créent une atmosphère empreinte de fraîcheur et de silence.
Cette approche sensible correspond parfaitement à la vision que Joseph Fleurent exprimait dans la préface de l'ouvrage Tours et portes d'Alsace, consacrée aux paysages de cette période. Évoquant ces aquarelles, il écrivait avec justesse :
« Ces aquarelles sont une preuve de ce qu'on peut trouver de beauté ignorée à côté du grand chemin que parcourt bruyamment la tourbe inconsciente des touristes du dimanche. »
Cette réflexion éclaire admirablement l'esprit dans lequel Hansi aborda ces paysages vosgiens. Loin des panoramas spectaculaires recherchés par les visiteurs, il privilégie les chemins secondaires, les clairières oubliées et les fragments de nature où subsistent encore le calme et la mémoire du lieu. Cette poésie discrète constitue l'une des dimensions les plus attachantes de son œuvre paysagiste.
L'importance documentaire de cette aquarelle est renforcée par son lien direct avec la célèbre série de cartes postales éditées par Max Wettig en 1907. Une variante de cette carte postale, reproduisant notre composition, est publiée page 29 du catalogue raisonné Tout Hansi, par Yannick Scheibling et Roland Muller (La Nuée Bleue, 2009), confirmant l'importance de cette image dans l'iconographie de l'artiste.
Par sa provenance iconographique parfaitement identifiée, sa rareté en tant qu'original destiné à l'édition, ainsi que par la fraîcheur de son exécution, cette aquarelle constitue un témoignage majeur des premières années de Hansi. Elle révèle un artiste encore pleinement immergé dans l'observation contemplative de la nature alsacienne, dont le pinceau, d'une remarquable sensibilité, parvient à restituer toute la poésie silencieuse des forêts du Mont Sainte-Odile.
Information(s) supplémentaire(s) : Excellent état de conservation. On y joint un exemplaire de la carte postale. Format avec son cadre : 18x22,5cm.
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