Henri Ebel

Gimmeldingen, 1849-1931, Strasbourg

« Portrait de la famille de l'artiste »

Crayon

Portrait

40,5x32,5cm (à vue)

Signature en bas à droite

1893

Henri EBEL Portrait de la famille de l artiste crayon, 40,5x32,5cm - 1893 (détail). Henri Ebel
Henri EBEL "Portrait de la famille de l'artiste" crayon, 40,5x32,5cm - 1893 (détail)
Henri EBEL Portrait de la famille de l artiste crayon, 40,5x32,5cm - 1893 (avec son cadre). Henri Ebel
Henri EBEL "Portrait de la famille de l'artiste" crayon, 40,5x32,5cm - 1893 (avec son cadre)
Henri EBEL Portrait de la famille de l artiste crayon, 40,5x32,5cm - 1893 (verso). Henri Ebel
Henri EBEL "Portrait de la famille de l'artiste" crayon, 40,5x32,5cm - 1893 (verso)

Provenance :
- collection Robert Debus, Strasbourg
- puis par descendance dans la famille (jusqu'à sa vente)


Cette rare et précieuse feuille d’Henri Ebel (1849-1931), datée et signée 1893, s’impose comme l’un des témoignages les plus émouvants de l’univers intime du peintre que la postérité alsacienne désigna avec justesse comme le « Maître de Fegersheim ». Réalisé au crayon avec une remarquable subtilité de modulation, ce dessin de 40,5 x 32,5 cm représente deux jeunes membres de la famille Ebel saisis dans l’espace familier du foyer, au cœur de cet intérieur domestique qui constitue l’un des territoires iconographiques les plus singuliers de l’artiste.

Bien avant ses célèbres recherches sur les clairs de lune, les soleils couchants ou les paysages baignés d’une lumière presque mystique, Henri Ebel développe dans ses scènes d’intérieur une œuvre profondément autobiographique, où la maison devient théâtre silencieux de l’affection familiale, de la transmission et de la contemplation quotidienne. Ici, l’artiste ne se contente pas de portraiturer des enfants : il construit une véritable scène de genre intime, où la simplicité apparente du sujet se double d’une rare acuité psychologique.

Les deux jeunes figures, absorbées par une activité d’écriture ou de lecture, sont placées dans un espace soigneusement structuré, où chaque élément du décor participe à une poétique du souvenir : rideaux, mobilier, tableaux accrochés, encadrements, objets du quotidien composent un univers clos, protecteur, presque méditatif. L’attention d’Ebel à la description de son propre environnement domestique rejoint ici une tradition nordique de l’intérieur bourgeois, dans laquelle l’espace habité devient le miroir moral de la cellule familiale. Cette spécialité d’Henri Ebel — les vues d’intérieur de sa maison de Fegersheim — constitue l’un des aspects les plus personnels et historiquement précieux de son œuvre. Elle révèle un artiste observateur de la sphère privée, transformant le quotidien en mémoire visuelle.

Le traitement graphique est particulièrement remarquable : le crayon, loin d’être simple médium préparatoire, devient ici instrument d’une véritable orchestration lumineuse. Par un jeu de valeurs délicates, de hachures nuancées et de modelés subtils, Ebel construit une atmosphère feutrée où la lumière intérieure semble filtrer autant de la fenêtre que du souvenir lui-même. Cette approche annonce déjà sa fascination future pour les effets lumineux, qui lui vaudra d’être considéré comme un « peintre de la lumière ».

Cette composition peut être mise en parallèle avec le Portrait de la famille de l’artiste conservé au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg (MAMCS), inv. XVI 9, où se retrouve cette même volonté de fixer la sphère familiale dans sa vérité domestique, entre portrait, scène d’intérieur et chronique affective. Dans ces œuvres, Ebel affirme une dimension profondément personnelle, presque ethnographique, de l’espace alsacien vécu de l’intérieur. Le présent dessin apparaît ainsi comme une variante ou un prolongement particulièrement rare de cette veine familiale, offrant une lecture plus resserrée, plus introspective encore.

Né à Gimmeldingen dans le Palatinat en 1849, formé à Munich puis installé durablement à Fegersheim, Henri Ebel y développa une œuvre profondément enracinée dans son territoire d’adoption, au point d’en devenir la figure tutélaire. Son importance fut récemment réaffirmée par l’exposition rétrospective qui lui fut consacrée à Erstein puis à Fegersheim du 14 janvier au 23 février 2022, confirmant la redécouverte patrimoniale de cet artiste longtemps sous-estimé.

Par sa date précoce, son sujet familial, sa finesse d’exécution et son inscription dans le corpus le plus intime de l’artiste, cette œuvre constitue donc bien davantage qu’un simple dessin de genre : elle apparaît comme une archive sensible de la maison Ebel, une méditation sur l’enfance et l’intériorité, où se déploie avec une rare délicatesse l’âme domestique de l’Alsace fin-de-siècle.




Information(s) supplémentaire(s) : Quelques usures et pliure centre. Format avec son cadre : 56x47cm. Verre anti UV70

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