J. Burgard« Canard »céramique Animaux H : 23cm - l : 16cm et L : 12cm vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Canard" céramique, H : 23cm - l : 16cm et L : 12cm, vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Canard" céramique, H : 23cm - l : 16cm et L : 12cm, vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Canard" céramique, H : 23cm - l : 16cm et L : 12cm, vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Canard" céramique, H : 23cm - l : 16cm et L : 12cm, vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Canard" céramique, H : 23cm - l : 16cm et L : 12cm, vers 1926 et 1928 (marque)
Fabriquée chez J. BURGARD à Soufflenheim pour Primavera
Cette séduisante sculpture animalière exécutée dans les ateliers de Joseph Burgard à Soufflenheim s'inscrit parmi les créations les plus caractéristiques de la collaboration nouée durant les années 1920 entre les céramistes alsaciens et les ateliers Primavera, département artistique des Grands Magasins du Printemps. Véritable laboratoire du goût moderne, Primavera encourage alors la rencontre entre les traditions artisanales régionales et les nouvelles esthétiques décoratives issues de l'Art déco.
À travers cette représentation d'un canard stylisé, Burgard livre une œuvre où la simplicité apparente dissimule une remarquable maîtrise des formes et des couleurs. L'animal est volontairement réduit à des volumes essentiels : un corps ovoïde, presque géométrique, une tête disproportionnée dominée par un œil circulaire spectaculaire, un bec schématisé et de petites ailes plaquées contre le corps. Cette simplification radicale témoigne de l'influence des recherches décoratives de l'entre-deux-guerres, où la stylisation devient un langage moderne à part entière.
L'œuvre frappe immédiatement par sa présence graphique. Le gigantesque œil cerclé de vert agit comme un puissant centre d'attraction visuelle, conférant à l'animal une expression à la fois naïve, mystérieuse et profondément décorative. Cette exagération volontaire des proportions éloigne l'objet de toute approche naturaliste pour l'inscrire dans un univers proche du conte, du jouet ou de l'art populaire réinventé.
Le décor émaillé révèle toute l'habileté des ateliers Burgard. Les tonalités dominantes — brun manganèse profond, vert tendre, crème ivoire et rouge brique — s'organisent selon un jeu savamment équilibré de contrastes. Les ponctuations blanches qui couvrent la tête et le dos rappellent certains plumages stylisés tout en créant un rythme décoratif particulièrement vivant. Les bandes ondulantes vertes et brunes qui traversent le corps évoquent quant à elles les recherches ornementales de l'Art déco, où la ligne devient motif autonome.
L'émail présente cette profondeur chaleureuse propre aux productions de Soufflenheim de l'entre-deux-guerres. Les légers réseaux de craquelures naturelles, nés du vieillissement de la glaçure, contribuent aujourd'hui au charme et à l'authenticité de la pièce. Ils rappellent la nature profondément artisanale de ces créations, chacune possédant ses propres nuances et singularités d'exécution.
Cette œuvre témoigne parfaitement de la capacité de Joseph Burgard à renouveler les traditions céramiques alsaciennes sans jamais les renier. Héritier d'une longue lignée de potiers de Soufflenheim, il transpose ici les savoir-faire ancestraux du modelage et de l'émaillage dans un langage résolument moderne, destiné à séduire la clientèle cultivée des grands magasins parisiens. Cette synthèse entre régionalisme et modernité constitue l'une des réussites majeures de Primavera.
Le choix du canard n'est d'ailleurs pas anodin. Les représentations animalières occupent une place essentielle dans les arts décoratifs des années 1920, où elles permettent aux créateurs d'explorer des formes simplifiées et expressives. Burgard s'inscrit dans cette tendance tout en conservant une fraîcheur populaire qui distingue ses créations de nombreuses productions plus académiques de l'époque.
Par sa silhouette volontairement stylisée, sa polychromie raffinée et son exécution d'une grande qualité, ce canard apparaît aujourd'hui comme un précieux témoignage de l'esthétique Primavera. Il incarne cette période particulièrement féconde où les arts décoratifs français cherchaient à réconcilier tradition artisanale, modernité formelle et accessibilité esthétique.
À la croisée de la sculpture, de l'objet décoratif et de l'art populaire sublimé, cette œuvre demeure l'un des exemples les plus attachants de la production de Joseph Burgard pour Primavera, illustrant avec bonheur la vitalité créatrice des ateliers alsaciens au cours des années qui suivirent l'Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925.
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