J. Burgard« Pigeon »céramique Animaux H : 14,5cm - l : 31cm - L : 9,5cm Signature milieu bas vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Pigeon" céramique, H : 14,5cm - l : 31cm - L : 9,5cm, vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Pigeon" céramique, H : 14,5cm - l : 31cm - L : 9,5cm, vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Pigeon" céramique, H : 14,5cm - l : 31cm - L : 9,5cm, vers 1926 et 1928
J. BURGARD & PRIMAVERA "Pigeon" céramique, H : 14,5cm - l : 31cm - L : 9,5cm, vers 1926 et 1928
Littérature :
- Variante reproduit page 438 in "PRIMAVERA 1912 - 1972, atelier d'art du printemps" par Alain-René HARDY avec la collaboration de Gérard Tatin, éditions Faton (2014)
Fabriquée chez J. BURGARD à Soufflenheim pour Primavera
Cette rare sculpture animalière réalisée dans les ateliers de Joseph Burgard à Soufflenheim constitue un remarquable témoignage de la collaboration fructueuse qui unit, durant l'entre-deux-guerres, les céramistes alsaciens aux ateliers Primavera, département de création des Grands Magasins du Printemps. Fondé en 1912 sous l'impulsion de René Guilleré, Primavera joua un rôle essentiel dans la démocratisation des arts décoratifs modernes en faisant appel à des artistes et artisans de premier plan afin de produire des objets alliant qualité esthétique, innovation formelle et excellence d'exécution.
Cette élégante représentation d'un oiseau stylisé illustre parfaitement cette ambition. Sous une apparente simplicité, l'œuvre révèle une synthèse particulièrement réussie entre l'héritage des traditions populaires alsaciennes et les recherches décoratives de l'Art déco naissant.
L'animal est réduit à ses formes essentielles. Son corps allongé, tendu dans un mouvement ascendant, repose sur un discret support qui accentue l'impression d'élan et de légèreté. L'artiste abandonne tout naturalisme descriptif au profit d'une stylisation géométrique où chaque courbe participe à l'équilibre général de la composition. Le long cou, la tête schématisée et la queue effilée composent une silhouette d'une remarquable modernité, proche de certaines recherches décoratives développées dans les années 1920 autour du renouvellement du bestiaire ornemental.
Le décor émaillé participe pleinement à cette esthétique synthétique. Les ailes sont couvertes d'un délicat émail vert tendre, animé d'un semis régulier de motifs rayonnants évoquant autant des fleurs stylisées que des soleils miniatures. Ce traitement répétitif inscrit l'objet dans le vocabulaire décoratif de l'Art déco, où la simplification des formes naturelles devient source d'ornement.
Le contraste entre les tonalités vert d'eau, les bruns chaleureux de la terre cuite et les larges bandes ondulées noires et ocre qui animent la queue et le corps confère à l'ensemble une grande richesse visuelle. Les petites ponctuations blanches qui soulignent les contours rappellent quant à elles certaines traditions décoratives de la céramique populaire de Soufflenheim, réinterprétées ici dans un langage résolument moderne.
Cette synthèse entre tradition régionale et modernité constitue précisément l'un des aspects les plus remarquables du travail de Joseph Burgard pour Primavera. Héritier d'une longue lignée de potiers alsaciens, Burgard parvient à adapter les savoir-faire ancestraux de Soufflenheim aux exigences esthétiques du goût contemporain. Loin de renier ses racines, il les transforme en source d'inspiration pour créer des objets parfaitement en accord avec les aspirations décoratives de l'entre-deux-guerres.
L'animal occupe une place privilégiée dans les productions Primavera des années 1920 et 1930. Les oiseaux, en particulier, permettent aux créateurs de développer des silhouettes épurées où dominent les lignes fluides et les effets décoratifs. Cette œuvre s'inscrit pleinement dans cette tendance, tout en conservant une personnalité propre grâce à son exécution artisanale et à la richesse de son décor émaillé.
Par sa provenance prestigieuse, sa rareté, sa publication dans l'ouvrage de référence consacré à Primavera et la qualité de sa réalisation, cette sculpture constitue un précieux témoignage de la rencontre entre les arts décoratifs parisiens et l'excellence des ateliers alsaciens. Elle illustre avec élégance ce moment singulier où l'art populaire régional, sublimé par l'esthétique Art déco, accède au rang d'objet d'art à part entière.
À travers cette silhouette d'oiseau à la fois naïve et sophistiquée, Joseph Burgard offre une œuvre emblématique de l'esprit Primavera : un art décoratif moderne, accessible et raffiné, où la beauté naît de l'équilibre subtil entre stylisation, couleur et maîtrise artisanale.
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