Provenance :
- Atelier de l'artiste jusqu'à son décès
- puis par descendance, collection privée
Cette huile sur toile de Lothar von Seebach, exécutée entre 1900 et 1910, représente Eulalia, l’un des modèles féminins les plus récurrents et les plus reconnaissables de l’artiste. Le format relativement intime (46 × 38 cm) favorise une approche à la fois sensible et introspective, caractéristique de la maturité picturale de Seebach.
La figure féminine est représentée en plein air, légèrement de profil, isolée dans un paysage de plaine humide évoquant les bords du Rhin ou le Ried alsacien. Le décor, volontairement dépouillé, se résume à une étendue herbeuse traversée par un cours d’eau calme, structuré par une ligne d’horizon basse qui accentue la monumentalité silencieuse du personnage. Cette économie de moyens situe la figure dans un espace mental autant que réel, conférant à la scène une tonalité méditative.
Eulalia, vêtue d’une robe simple aux tonalités sourdes et coiffée d’un chapeau bleu, incarne cette humanité discrète et digne que Seebach n’a cessé de peindre. Le visage, modelé par une touche souple et vibrante, se distingue par une expression retenue, presque mélancolique, où la psychologie prime sur toute tentation d’anecdote ou de pittoresque. L’artiste refuse toute idéalisation : les traits sont francs, le regard absent, comme absorbé par une intériorité silencieuse.
La palette, dominée par des verts lumineux, des bleus gris et des ocres adoucis, témoigne d’une attention extrême portée aux effets atmosphériques. La lumière, diffuse et sans éclat dramatique, enveloppe la figure et le paysage dans une même respiration chromatique. La touche visible, large mais maîtrisée, parfois presque esquissée dans le traitement du fond, contraste avec le soin accordé au visage et aux mains, révélant la hiérarchie expressive voulue par l’artiste.
Cette œuvre illustre parfaitement la position singulière de Lothar von Seebach dans la peinture alsacienne du tournant du siècle : un réalisme poétique, nourri de l’observation directe, mais empreint d’une profonde humanité, loin de toute vision folklorique. À travers Eulalia, Seebach ne peint pas seulement un modèle : il propose une figure intemporelle, silencieuse, presque emblématique d’une Alsace intérieure, humble et grave, saisie avec une rare justesse émotionnelle.