Louis-Philippe KammStrasbourg, 1882 - 1959, Strasbourg« Le joueur de cornemuse »Gouache 27,5x23cm (à vue) Signature milieu bas 1907
Louis-Philippe KAMM "Le joueur de cornemuse" gouache, 27,5x23cm - 1907 (détail)
Louis-Philippe KAMM "Le joueur de cornemuse" gouache, 27,5x23cm - 1907 (avec son cadre)
Louis-Philippe KAMM "Le joueur de cornemuse" gouache, 27,5x23cm - 1907 (verso)
Louis-Philippe KAMM "Le joueur de cornemuse" gouache, 27,5x23cm - 1907
Littérature :
- Reproduit pleine page in Revue alsacienne illustrée de 1908, planche XI
Cette gouache sur papier réalisée en 1907 par Louis-Philippe Kamm représente un joueur de cornemuse vêtu d’un costume médiéval, assis dans un paysage stylisé où se lisent, à l’arrière-plan, la ligne bleue des Vosges et la silhouette évocatrice d’un château alsacien. L’œuvre, suffisamment emblématique pour être reproduite dès 1908 dans la Revue alsacienne illustrée (planche XI), témoigne de l’une des orientations majeures de Kamm au tournant du XXᵉ siècle : la relecture poétique et érudite du Moyen Âge régional.
La figure du musicien occupe le centre de la composition. Massée, presque hiératique, elle s’inscrit dans un espace volontairement aplani, où la profondeur est suggérée davantage par la superposition des plans que par une perspective rigoureuse. Le joueur de cornemuse, absorbé dans son art, est représenté avec une stylisation marquée des traits et des volumes : le visage anguleux, le costume aux larges aplats colorés, la gestuelle contenue confèrent à la scène une gravité silencieuse, presque intemporelle. Les oiseaux posés sur la branche voisine et le vase de céramique bleue introduisent une dimension symbolique et décorative, renforçant l’atmosphère de rêverie hors du temps.
La palette, dominée par les rouges profonds, les verts sourds et les bleus délicatement nuancés, est cernée par un dessin ferme et expressif. Cette importance accordée au contour, conjuguée à l’usage de larges plages de couleur mate, rattache clairement l’œuvre au courant médiévalisant de l’Art nouveau européen, où l’image se conçoit comme un tout décoratif, à mi-chemin entre illustration, estampe et peinture. Kamm ne cherche pas la reconstitution archéologique stricte ; il privilégie une vision idéalisée et synthétique du passé, nourrie de légendes, de folklore et d’identité régionale.
Dans ce choix stylistique, la comparaison avec son compatriote Léo Schnug s’impose naturellement. Comme Schnug, Kamm puise dans l’imaginaire médiéval alsacien — chevaliers, musiciens, châteaux, paysages mythifiés — mais là où Schnug privilégie souvent une tension dramatique et une verve presque expressionniste, Kamm adopte un ton plus lyrique et contemplatif. Son Moyen Âge est moins héroïque que pastoral, moins narratif que musical, porté par une douceur mélancolique et un sens aigu de l’harmonie décorative.
Cette gouache apparaît ainsi comme une œuvre charnière, où se croisent l’affirmation d’une identité alsacienne, l’esthétique médiévalisante et les principes de l’Art nouveau — primauté de la ligne, stylisation des formes, fusion du décoratif et du symbolique. Par son raffinement graphique et sa profondeur culturelle, elle illustre parfaitement la contribution de Louis-Philippe Kamm à cette modernité singulière, enracinée dans le passé mais résolument inscrite dans les recherches artistiques européennes du début du XXᵉ siècle.
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