Raymond-Emile Waydelich

Strasbourg, 14 septembre 1938 - 9 août 2024, Strasbourg

« Baleine »

Collage et encre

Animaux

71x49cm (à vue)

Signature en bas à droite

1973

Raymond WAYDLEICH Baleine collage 71x49cm - 1973 (détail). Raymond-Emile Waydelich
Raymond WAYDLEICH "Baleine" collage 71x49cm - 1973 (détail)
Raymond WAYDLEICH Baleine collage 71x49cm - 1973 (avec son cadre). Raymond-Emile Waydelich
Raymond WAYDLEICH "Baleine" collage 71x49cm - 1973 (avec son cadre)

Provenance :
- collection privée, Bas-rhin


Dans cette œuvre magistrale de 1973, Raymond-Émile Waydelich déploie avec une acuité remarquable les fondements de son vocabulaire plastique : le fragment, la stratification et la mémoire des images. La composition s’articule autour d’un document ancien — vraisemblablement une planche pédagogique ou encyclopédique — représentant une baleine échouée, accompagnée de légendes multilingues (« Whale », « Wallfisch », « Baleine », « Balena », « Ballena »). Ce support, déjà porteur d’un savoir et d’une iconographie héritée, devient la matrice d’une réinterprétation plastique profondément contemporaine.

L’artiste intervient sur cette image préexistante par un travail de collage et de lacération, révélant et dissimulant simultanément les différentes couches du papier. Les déchirures, loin d’être destructrices, instaurent un dialogue entre visible et invisible, passé et présent. La surface devient ainsi un champ de fouilles, où affleurent des fragments d’images imprimées, de textures vieillies et de papiers patinés par le temps.

Au centre de la composition, un réseau de lignes colorées — rouge, jaune, noir — organise l’espace selon une géométrie rigoureuse. Ces axes convergents, formant une structure quasi tridimensionnelle, évoquent à la fois un dispositif de mise en perspective et une grille d’analyse scientifique. Ils semblent encadrer, voire disséquer la figure de la baleine, transformant l’animal en objet d’étude, en spécimen soumis à l’observation rationnelle.

La partie supérieure, occupée par des trames imprimées et des fragments de papier déchiré, introduit une dimension presque abstraite. Les motifs tramés, proches des procédés de reproduction mécanique, contrastent avec la matérialité brute des papiers arrachés. Ce dialogue entre reproduction industrielle et geste manuel constitue l’un des enjeux majeurs de l’œuvre.

La baleine elle-même, représentée dans la partie inférieure, conserve une présence silencieuse et monumentale. Échouée sur le rivage, elle apparaît comme un vestige, un corps inerte devenu relique. La petitesse des figures humaines à ses côtés accentue l’échelle et la dimension presque mythique de l’animal, tout en rappelant les gravures naturalistes du XIXe siècle.

Le cadre, richement mouluré et orné, participe pleinement à la mise en scène de l’œuvre. Par son caractère classique et décoratif, il crée un contraste avec la modernité du collage, tout en inscrivant la pièce dans une tradition d’objet d’art. Il agit comme un dispositif de distanciation, isolant la composition et la transformant en une sorte de reliquaire visuel.

À travers cette œuvre, Waydelich ne se contente pas de représenter une baleine : il interroge les modes de transmission du savoir, la circulation des images et la mémoire des supports. La planche didactique initiale, détournée et fragmentée, devient le lieu d’une réflexion sur l’histoire elle-même — une histoire faite de strates, de pertes et de reconstructions.

Ainsi, cette Baleine de 1973 s’impose comme une œuvre emblématique de la démarche de Raymond-Émile Waydelich, où l’érudition, l’humour discret et la poésie du fragment se conjuguent pour transformer un document ordinaire en une méditation profonde sur le temps et la survivance des images.






Information(s) supplémentaire(s) : Bon état. Format avec son cadre : 90x69cm.

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