Raymond-Emile WaydelichStrasbourg, 14 septembre 1938 - 9 août 2024, Strasbourg« LAwrence d'Arabie »technique mixte 34,5x26cm (à vue) Signature en bas à droite
Raymond-Emile WAYDELICH "Lawrence d'Arabie" technique mixte, 34,5x26cm (détail)
Raymond-Emile WAYDELICH "Lawrence d'Arabie" technique mixte, 34,5x26cm (détail)
Provenance :
- collection privée, bas-rhin
Dans cette composition singulière, Raymond-Émile Waydelich revisite la figure mythique de Lawrence d’Arabie en la soumettant à son propre langage visuel, fait de stratifications mémorielles, d’hybridations iconographiques et d’ironie poétique. L’œuvre ne cherche nullement la reconstitution historique ; elle s’attache plutôt à déconstruire l’icône pour en révéler la dimension narrative et symbolique.
Le personnage apparaît en buste, fragmenté par le collage. Le visage, partiellement recomposé, semble surgir d’un feuilletage de papiers déchirés, comme si l’identité elle-même était une construction fragile. Le regard levé vers le ciel accentue l’aura héroïque du personnage, tandis que le drapé oriental, traité en aplats aquarellés et en rehauts de gouache, confère à la figure une verticalité quasi monumentale malgré le petit format.
À ses côtés se tient une étrange créature noire, mi-chèvre mi-animal totémique, surmontée d’un oiseau stylisé. Cette présence animale, caractéristique du bestiaire waydelichien, introduit un déplacement symbolique : l’héroïsme colonial se trouve transposé dans un univers archaïque et presque mythologique. L’animal n’est pas simple accessoire ; il agit comme double allégorique, incarnation d’un territoire, d’un désert intérieur ou d’un imaginaire oriental réinventé.
La feuille d’or, appliquée pour figurer le soleil rayonnant, constitue un élément capital de la composition. Ce disque doré, irradiant de traits rouges et bleutés, évoque à la fois l’astre implacable du désert et l’auréole des icônes byzantines. Waydelich confère ainsi à Lawrence une dimension quasi sacrale, tout en conservant une distance critique. L’or n’est pas ici signe de triomphe mais lumière écrasante, presque abstraite.
Le traitement de l’espace reste volontairement simplifié : un sol strié de lignes rosées, un horizon minimal, quelques signes graphiques. Cette économie confère à la scène un caractère intemporel, proche d’une fresque archaïque ou d’un ex-voto contemporain. Les flèches tracées autour de l’animal, comme des indications schématiques, participent d’un vocabulaire pseudo-scientifique ou archéologique, rappelant les dispositifs analytiques chers à l’artiste.
L’ensemble s’inscrit pleinement dans la démarche de l’« archéologie du futur » développée par Waydelich. Lawrence d’Arabie devient un artefact iconographique, une figure récupérée par la mémoire collective puis réinterprétée à travers le prisme de la fiction. Le collage fragmente l’histoire ; la peinture la réenchante ; l’or la mythifie.
Le cadre ancien, richement sculpté et doré, crée un contraste saisissant avec la modernité du langage plastique. Ce dialogue entre baroque et contemporain, entre décor patrimonial et iconographie revisitée, renforce l’ambiguïté temporelle de l’œuvre. Est-ce un portrait historique, une relique, une icône, ou un objet d’archéologie imaginaire ?
Cette œuvre illustre avec acuité la capacité de Raymond-Émile Waydelich à transformer les grandes figures de l’histoire en personnages d’un théâtre mental où se croisent mythe, mémoire et poésie critique. Lawrence d’Arabie n’y apparaît plus comme simple héros romantique, mais comme une image stratifiée, reconstruite par le geste de l’artiste, suspendue entre passé documenté et fiction symbolique.
Information(s) supplémentaire(s) : Format avec son cadre : 70x63cm
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