Roger Muhl

Strasbourg, 1929 - 2008, Mougins

« Le déjeuner blanc »

Huile sur toile

Nature morte

65x81cm

Signature en bas à droite

1963

Roger MUHL Le déjeuner blanc (détail). Roger Muhl
Roger MUHL "Le déjeuner blanc" (détail)
Roger MUHL Le déjeuner blanc (détail signature). Roger Muhl
Roger MUHL "Le déjeuner blanc" (détail signature)
Roger MUHL Le déjeuner blanc (verso). Roger Muhl
Roger MUHL "Le déjeuner blanc" (verso)
Roger MUHL Le déjeuner blanc (étiquette au dos). Roger Muhl
Roger MUHL "Le déjeuner blanc" (étiquette au dos)

Provenance :
- Galerie de Paris, 14 place François Ier (n°38)
- collection privée, France. (acquis auprès du précédent)
- puis par descendance, collection privée, Strasbourg



Nous remercions Monsieur Patrice MÜHL-JEANNELLE, expert de l'artiste et expert honoraire, de nous avoir aidé à la datation de cette oeuvre.



Une palette faite de lumières !

Roger Mühl est un peintre de la lumière. En contemplant ses œuvres, le spectateur est happé par cette sensation envahissante de la lumière qui enveloppe chacune de ses compositions.

Mühl disposait d’une palette chromatique puissante. Il avait ce don de la parfaite mesure, car il ne faudrait pas croire à une peinture facile. Au contraire, son art est périlleux. Une seule erreur et tout est gâté. Ses compositions débutent par un jus brut, puis des couches superposées de peintures qui forment des masses et des aplats, tirés au spalter ou au couteau. Il achevait ainsi le délicat mélange des tons et demi-tons sur un agrégat de différentes pâtes colorées. A vrai dire, très peu de peintres maîtrisent cette technique, qui requière un véritable savoir-faire et un œil. Nous pourrions citer Frédéric Fiebig, peintre qui excellait également dans cette technique. En effet, ces aplats sont obtenus par écrasement de la pâte. Ils offrent des dégradés nets sans retouche disgracieuse dans la matière par le pinceau. Ces aplats ont un quelque chose, ont une transparence plastique merveilleuse. Quelle proportion de pâte faut-il pour réaliser un aplat ajusté ? Quel geste faut-il adopter pour réussir l’effet ? Enfin, quel mélange faut-t-il réaliser pour obtenir un dégradé ? L’ensemble de ces questions nous révèlent bien toute la difficulté de cette technique.

L’artiste, rattaché à la Nouvelle Ecole de Paris, qui fait suite à la non moins célèbre Ecole de Paris, regroupait pêle-mêle des artistes figuratifs et abstraits. Ecole cosmopolite et déjà internationale, elle regroupait une pléiade d’artistes hétérogènes. Parmi eux figuraient des artistes à la limite des deux courants majeurs de cette école, sous l’appellation suivante : la figuration allusive. Nous pensons plus particulièrement aux artistes comme Nicolas de Staël, Maurice-Elie Sarthou ou encore Louttre B. Ces artistes bien que classés dans l’art abstrait, ont vogué régulièrement à la limite de la figuration et de l’abstraction. Ils ont œuvré entre deux zones, entre deux mers, mais toujours dans un déferlement de couleur. Et justement, cette caractéristique de coloriste est bien commune à Roger Mühl avec les artistes de l’abstraction allusive. Nous risquons très consciemment, une comparaison de Mühl, artiste figuratif, qui par l’emploi particulier de sa technique et le choix des sujets, s’approchait régulièrement de De Staël ou de Sarthou. En effet, ceci est particulièrement perceptible dans les œuvres des années 1960, où par moment certains gratte-ciel, certains paysages embrumés, nous suggèrent presque de l’abstraction. Conscient, inconscient, nous dirons plutôt spontané. En effet, son art à quelque chose de spontané, de brute mais aussi de suggestif. Mühl joue avec nos plus profonds sentiments, nos plus lointains souvenirs. Il porte à nu nos émotions par un adroit cadrage et un empâtement téméraire.

Cette nature morte est un parfait exemple de son savoir. Composition devenu célèbre par l’art de la mise en scène de Giorgi Morandi, cette nature morte prend chez Mühl une dimension moins biblique, en gardant une sérénité. C’est avant tout, une sensation de plénitude qui se dégage des bols, des tasses et autres accessoires posés sur cette table. Quelques piques de couleurs ponctuent la scène, du pot marron, au dessus de la table et jusqu’au dossier bleu de la chaise. Ils rythment la composition baignée dans une lumière claire. Comme dans la musique classique, des passages délicats alternent des passages plus forts. Sommes-nous un matin, devant une table arrangée la veille au soir ? Sommes-nous dans le réel ou le souvenir ? Tout est en place. Le repas semble être prêt à se mettre en branle pour démarrer un nouveau jour. Les masses de couleurs sont flanqués, en ordre, car au final c’est bien la lumière qui donne le tempo de ces compositions organisées comme un ballet de couleurs : gris, bleu, bleu-gris, gris-vert, brun, ocre, orange, rouge, mais aussi blanc cassé, blanc nacre, blanc neige, etc. Tout est en place !

Passé cette phase initiatique des années 1955-1965, Mühl s’engouffrait définitivement et consciencieusement dans une peinture lumineuse avec une palette généreuse. De grandes masses, des vibrations colorées charpentent depuis toujours ses compositions. Ainsi, il peignait l’Alsace, les Vosges, la Bretagne, des villes comme Strasbourg, Venise, Paris, New York, etc. Mais définitivement, c’est la lumière de Provence qui allait envahir sa palette et ses toiles. Il figeait dans la pâte l’intensité lumineuse particulière de ce pays, qu’il capturait jusqu’à l’aube de ces derniers jours, là-bas quelque part entre mer et montagne.

Texte : Julien Kiwior (c)

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